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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215282

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215282

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 juillet 2022, 29 juillet 2022

et 2 août 2022, M. A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 8 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou,

à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ;

5°) si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-8 et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 11 juin 1994, a déposé, le 21 septembre 2020,

une demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile de Paris, qui a été enregistrée en procédure Dublin. Il a accepté, le lendemain, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers les autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande, lequel n'a pas été exécuté. Le 7 janvier 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a notifié à l'intéressé une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorité préfectorales les 1er décembre 2020 et 8 décembre 2020. Par un arrêt n° 20PA04080 du 15 novembre 2021,

devenu définitif, la cour administrative d'appel de Paris a jugé que la France était devenue responsable de l'examen de la demande de protection internationale de M. A à l'expiration du délai de six mois qui a commencé à courir à compter de la notification au préfet de police,

le 25 novembre 2020, du jugement rejetant la requête de M. A contre l'arrêté de transfert aux autorités suédoises. Puis, par des jugements n°s 2112613 et 2114320 du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Paris a jugé, qu'eu égard à l'autorité qui s'attache à la chose jugée, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de police a refusé, les 26 mai et 23 juin 2021, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Suivant ce jugement, sa demande d'asile a été enregistrée par les autorités françaises et il s'est vu remettre une attestation de demande d'asile " procédure normale " le 6 avril 2022, valable jusqu'au 5 février 2023. Par une décision du 8 juin 2022, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () /. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. "

4. En premier lieu, il ne résulte pas de ces dispositions ni d'aucune autre applicable en l'espèce que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision attaquée. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à un examen de sa vulnérabilité le 18 mai 2022, soit préalablement à la décision en litige, dont il n'est ressorti aucune vulnérabilité particulière au regard de sa situation personnelle et familiale à la suite de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Partant, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, pour fonder sa décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé sur le motif de non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile, le requérant ne s'étant pas présenté à deux rendez-vous fixés par les services de la préfecture de police les 1er et 8 décembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que M. A reconnaît lui-même ne pas avoir été en capacité de se présenter à ces rendez-vous en raison d'une contamination au virus du COVID-19 le 1er décembre 2020 et qu'il a été contraint de s'isoler pendant les dix jours suivants sa contamination afin de respecter les mesures sanitaires alors en vigueur. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait.

6. En troisième lieu, pour justifier de ses absences aux deux rendez-vous précédemment mentionné, M. A fait valoir qu'il a été testé positif au virus du COVID-19 le 1er décembre 2020 et qu'il a été contraint de s'isoler pendant les dix jours suivant sa contamination, qu'il a informé les services de la préfecture de police par courrier envoyé en lettre recommandée

le 14 décembre 2021, puis avoir sollicité un nouveau rendez-vous auprès des services concernés à plusieurs reprises, notamment par un courrier envoyé en lettre recommandée le 31 mars 2022 et par courriel en date du 18 mai 2022, sans succès. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture de police ont indiqué à l'OFII, par courriel du 31 mai 2022,

avoir seulement reçu un courrier du requérant les informant qu'il ne pourrait se rendre aux rendez-vous fixés en raison d'une audience au tribunal administratif de Paris. En outre, il ressort des termes de l'entretien de vulnérabilité mené par l'OFII le 18 mai 2022 qu'il ne s'est pas présenté aux deux rendez-vous par crainte d'être renvoyé en Suède puis en Afghanistan et qu'une assistante sociale lui aurait conseillé d'attendre un an et demi afin que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale. Dans ces conditions, alors que le requérant évoque pour la première fois dans sa requête une contamination au virus du COVID-19 pour justifier de ses absences, bien qu'il ait été mis en mesure de présenter à l'OFII ses observations, l'Office n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. " Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. "

8. Le requérant soutient que, placé en procédure normale à compter du 6 avril 2022,

il est en droit de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, eu égard aux justifications contradictoires apportées par M. A, qui ne fait état d'aucun facteur particulier de vulnérabilité, l'OFII pouvait lui refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L.551-8 et

L.551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les articles 17 et 20 de la directive du 26 juin 2013, laquelle a été entièrement transposée en droit interne. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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