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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215355

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215355

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2215355, enregistrée le 19 juillet 2022, M. B D, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

-l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

-il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il méconnaît les articles 2 et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

II - Par une requête n° 2215437, enregistrée le 19 juillet 2022, Mme C E, représentée par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme E soutient que :

-l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

-il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il méconnaît les articles 2 et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale des droits de l'enfant ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais né le 2 mars 1989 à Zali Gjocaj et son épouse, Mme E, ressortissante albanaise née le 7 avril 1992 à Vinjoll, ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a déclaré ces demandes irrecevables le 16 mars 2022. Par des arrêtés du 21 juin 2022, le préfet de police a prononcé à l'encontre de M. D et de Mme E une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D et Mme E demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2215355/1-2 et n° 2215437/1-2, dirigées contre les arrêtés du préfet de police du 21 juin 2022, sont relatives à la situation de M. D et Mme E, qui sont mari et femme. Ces requêtes ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans le cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. D et de Mme E de prononcer l'admission provisoire des intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent les textes dont ils font application, et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnent les faits qui en constituent le fondement. Ils indiquent, en particulier, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré les demandes d'asile de M. A et de Mme E irrecevables le 16 mars 2022. Ils précisent que ces décisions d'irrecevabilité impliquent, conformément à l'article L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les éventuels faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que les demandeurs justifient des conditions requises pour prétendre à une protection, que ces demandes de réexamen doivent être considérées comme une manœuvre dilatoire visant à faire échec à une mesure d'éloignement et, qu'en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'a pas d'effet suspensif. Les arrêtés mentionnent, en outre, que compte tenu des circonstances propres aux cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés à leur vie privée et familiale et que ces derniers n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les arrêtés attaqués sont suffisamment motivés et le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs des arrêtés attaqués ou des autres pièces des dossiers que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. D et Mme E avant de prendre les décisions litigieuses. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. D et Mme E soutiennent qu'ils ont dû s'enfuir de l'Albanie avec leur enfant mineur en raison des persécutions et tortures dont ils ont fait l'objet et que leurs vies sont en danger s'ils retournent dans ce pays. Toutefois, d'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est seulement opérant à l'encontre la décision fixant le pays de destination. D'autre part, les requérants, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 17 septembre 2018 et dont les demandes de réexamen ont été déclarées irrecevables par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mars 2022, n'assortissent leurs allégations d'aucune précision ni d'aucun commencement de preuve permettant d'établir que leur vie ou leur liberté seraient menacées ou qu'ils risqueraient d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. D et Mme E ne peuvent utilement se prévaloir de l'article 2 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que cet article ne créé des obligations qu'entre les seuls Etats parties à la convention.

9. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. M. D et Mme E se prévalent de la présence en France de leur enfant mineur. Toutefois, ils n'établissent pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Albanie, pays dont ils ont tous la nationalité. S'ils indiquent qu'ils ont fui leur pays notamment pour sauver leur vie et celle de leur enfant, ainsi qu'il a été dit, ils n'établissent pas que leur vie ou leur liberté seraient menacées ou qu'ils risqueraient d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D et de Mme E à fin d'annulation des arrêtés du préfet de police du 21 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : M. D et Mme E sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. D et de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C E, à Me Kwemo et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La magistrate désignée,

A. F

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-2, 2215437/1-2

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