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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215374

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215374

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLELONG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2205172 du 13 juillet 2022, le président du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des articles R. 312-8 et

R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. A C, enregistrée le 6 juillet 2022.

Par cette requête enregistrée le 19 juillet 2022 au tribunal administratif de Paris, complétée par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, M. A C, représenté par

Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 décembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris a mis fin à son stage de gardien de la paix ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de le réintégrer dans ses fonctions et de procéder à une reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée et a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée de plusieurs vices de procédure ;

- est un licenciement en cours de stage ;

- constitue une sanction déguisée ;

- est entachée d'une erreur de droit tirée de sa rétroactivité ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 modifié relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Hélard, rapporteur public,

- et les observations de Me Duclos pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été nommé le 8 juin 2020 gardien de la paix stagiaire, affecté à la direction de l'ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris. Par une première décision, en date du 24 décembre 2021, le préfet de police a mis fin à son stage pour insuffisance professionnelle. Par une seconde décision, en date du 30 juin 2022 le préfet de police de Paris a confirmé au requérant qu'il était redevable d'une somme de 6 606,87 euros au titre de la rémunération indue du 3 mars au 31 mai 2021. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la recevabilité du mémoire en défense du ministre de l'intérieur :

2. Par un arrêté n°2022-01259 du 21 octobre 2022, régulièrement publié au bulletin officiel de la Ville de Paris, M. E B, attaché principal d'administration de l'Etat, chef du bureau du contentieux judiciaire et de l'excès de pouvoir, a reçu délégation pour signer les mémoires en défense au nom du préfet de police. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par M. C, tirée de l'irrecevabilité du mémoire en défense sur le fondement de l'article R. 431-2 du code de justice administrative, doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-01173 du 18 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à Mme Nathalie Berget, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, cheffe du bureau de la gestion des carrières des gradés, gardiens de la paix et adjoints de sécurité, pour signer tous actes, arrêtés, décisions, conventions et pièces comptables nécessaires à l'exercice des missions de la direction des ressources humaines de la préfecture de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 23 décembre 2004 susvisé portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale : " La formation statutaire des gardiens de la paix s'organise en deux périodes dans les conditions prévues aux articles 7-1 et 8. Le programme et les modalités de cette formation et de son évaluation sont fixés par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 7-1 du même décret : " Les candidats reçus sont nommés en qualité d'élève et suivent une première période de formation de huit mois au sein d'une structure de formation de la police nationale. Ceux d'entre eux qui, à l'issue de cette période, ont réussi les épreuves d'évaluation sont nommés gardiens de la paix stagiaires. ". Aux termes de l'article 8 du décret susvisé dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La durée du stage est d'un an ; elle peut être prolongée pour une durée de trois mois à un an. A l'issue du stage, les gardiens de la paix reconnus aptes sont titularisés et placés au 1er échelon de leur grade. Les autres stagiaires sont soit licenciés, soit, le cas échéant, reversés dans leur corps d'origine. ". Enfin, aux termes de l'article 27 du décret n°94-874 du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics: " Quand, du fait des congés successifs de toute nature, autres que le congé annuel, le stage a été interrompu pendant au moins trois ans, l'intéressé doit, à l'issue du dernier congé, recommencer la totalité du stage qui est prévu par le statut particulier en vigueur. Si l'interruption a duré moins de trois ans, l'intéressé ne peut être titularisé avant d'avoir accompli la période complémentaire de stage qui est nécessaire pour atteindre la durée normale du stage prévu par le statut particulier en vigueur. "

5. Aux termes de l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée : " Les fonctionnaires ont droit à : () des congés de maladie ". Aux termes de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 susvisé : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'administration dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. /L'administration peut faire procéder à tout moment à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption du versement de sa rémunération, à cette contre-visite ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un agent a présenté un certificat médical d'arrêt de travail et a fait l'objet d'une contre-visite, celui-ci demeure placé de droit en congé de maladie tant que l'administration ne lui a pas fait connaître qu' elle ne considère pas le certificat du médecin traitant comme une justification valable de son absence, qu'elle ne lui a pas intimé de rejoindre son poste à la date fixée par le médecin contrôleur et qu'elle n'a pas constaté le refus de l'agent de déférer à cette injonction.

6. M. C a été nommé, ainsi qu'il a été dit au point 1, gardien de la paix stagiaire à compter du 8 juin 2020. Au cours de son stage, l'intéressé a bénéficié de congés de maladie ordinaire du 5 au 13 novembre 2020 et du 19 novembre 2020 jusqu'au 17 janvier 2021, date à laquelle le médecin-chef de la préfecture de police a estimé que le requérant était apte à une reprise immédiate de son service. S'il se prévaut, pour justifier son absence à compter du

17 janvier 2021, de nouveaux arrêts maladies et de son état dépressif, le requérant, dûment convoqué par son administration à plusieurs reprises au cours de la période en cause, notamment par des courriers, messages téléphoniques et mails en date des 5, 11 et 26 février, n'y a pas répondu, ne permettant ainsi à son administration d'apprécier la réalité de son état. Dès lors, le requérant ne conteste pas sérieusement avoir été placé en absence irrégulière à compter du

15 janvier 2021. Aussi, à la date de la décision attaquée, contrairement à ce que soutient le requérant, il était en fin de stage, au demeurant prolongé au-delà même de la durée de ses congés maladies intervenus entre le 5 novembre 2020 et le 17 janvier 2021.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Le licenciement d'un stagiaire en fin de stage pour insuffisance professionnelle n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Aucune autre disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose par ailleurs qu'une telle décision soit motivée. Le moyen afférent doit donc, en tout état de cause, être écarté.

8. La décision par laquelle l'administration met fin au stage d'un fonctionnaire stagiaire pour insuffisance professionnelle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire. Dès lors, M. C ne saurait utilement invoquer les moyens liés à une telle procédure disciplinaires, notamment l'absence de réunion d'un conseil de discipline avant l'édiction de la décision attaquée, ou encore l'existence d'une erreur de droit tiré d'une prétendue rétroactivité de la décision attaquée. L'ensemble de ces moyens est inopérant et doit être écarté

9. Par ailleurs, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

10. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de son stage, le requérant s'est rendu coupable de très nombreux manquements aux devoirs d'exemplarité, de réserve ou de neutralité qui incombent aux fonctionnaires de police. Le requérant a ainsi sciemment omis de faire mention à ses supérieurs hiérarchiques d'une sanction disciplinaire infligée au cours de sa scolarité. Comme indiqué précédemment, il s'est également placé délibérément en absence irrégulière à compter du 14 janvier 2021, sans répondre aux sollicitations, au demeurant nombreuses, de son administration. Il ressort enfin de nombreux témoignages que le requérant a fait part publiquement de critiques à l'égard de la politique étrangère de la France ou encore a tenu des propos insultants à l'égard de la communauté kurde dont il devait encadrer une manifestation sur la voie publique. Ces manquements, dont le requérant ne conteste d'ailleurs pas la matérialité dans la présente requête, sont de nature à caractériser tant une insuffisance professionnelle, que des fautes disciplinaires. Dès lors, en application de la règle rappelée au point 10, la décision de non-titularisation ne pouvait intervenir sans que l'intéressé ait été préalablement mis à même de présenter ses observations. En l'espèce, s'agissant des faits susceptibles de caractériser les fautes disciplinaires en cause, le requérant a été auditionné dès le 16 décembre 2020, puis informé dès le 8 janvier 2021 de l'ouverture d'une enquête administrative et de son droit d'être assisté dans ce cadre par la personne de son choix. Le requérant a de nouveau pu faire valoir ses observations lors d'une audition en date du

14 janvier 2021 où il a été confronté aux versions de son major sur les différents manquements reprochés. M. C a également été entendu devant la commission administrative interdépartementale compétente le 23 juin 2021 et a pu y faire valoir toutes ses observations à l'égard des manquements statutaires et déontologiques qui lui étaient reprochés. Il en résulte que l'intéressé a pu présenter des observations avant l'édiction de décision de contestée. Par suite, le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

12. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni ne résulte de tout ce qui précède, que la décision attaquée constituerait une sanction déguisée à l'encontre de M. C ou qu'elle procèderait d'un détournement de procédure.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 24 décembre 2021. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Nikolic, présidente,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur, La présidente,

M. DF

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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