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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215599

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215599

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDELORME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Delorme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 2 juillet 2022 rejetant sa demande de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant 24 mois ou à tout le moins, d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me Delorme renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de police représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 24 janvier 1983, entré en France en 2013 selon ses déclarations, a sollicité le 2 novembre 2021, auprès de services de la préfecture de police, son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 juillet 2022, le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. M. A demande l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A qui ont été prises en compte par le préfet de police, notamment au regard de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, de son expérience professionnelle et de sa situation familiale. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour et a permis ainsi au requérant d'en contester utilement la légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de l'intéressé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. D'une part, M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis 2013, que parfaitement francophone, il a noué des liens d'amitié très forts depuis neuf années. Toutefois, outre qu'il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de sa présence en France depuis 2013, en tout état de cause, la présence en France pendant une durée de neuf ans n'est pas, à elle-seule, de nature à permettre sa régularisation au titre des dispositions précitées. Il en va de même de ses problèmes de santé liés à sa greffe de cornée. En outre, M. A, célibataire et sans charge de famille n'établit l'existence d'aucune attache particulièrement forte en France. Il ne justifie pas, dans ces conditions, d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires permettant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

6. D'autre part, si M. A se prévaut de son expérience professionnelle en qualité d'agent d'entretien, puis de restauration, et fait valoir qu'il a été employé dans des agences d'intérim puis en administration hospitalière et produit à l'appui de ses allégations des bulletins de salaire et relevés de son compte bancaire pour la période 2016-2019, son insertion professionnelle n'est pas suffisante pour pouvoir être regardée comme constituant un motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

7. Par suite, le préfet de police, en rejetant la demande de M. A, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, ni n'a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 précitées.

8. En quatrième lieu, si la seule circonstance, au demeurant ancienne, qu'il ait conduit sans assurance et sans justifier de son permis de conduire et qu'il ait été condamné le 24 mai 2017 par le tribunal de grande instance de Montpellier pour ces faits à 750 euros d'amende, ne pouvait suffire à caractériser une menace à l'ordre public de la part de l'intéressé, le préfet de police aurait cependant pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les autres motifs de la décision.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la décision refusant une carte de séjour au requérant n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En rejetant la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de police n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision attaquée devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant au requérant un titre de séjour doit être écarté.

13. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire litigieuse doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé déclare être entré en France en 2013, est célibataire et sans enfant à charge et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10, est suffisamment motivée.

17. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, le requérant ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par suite être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me Delorme.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

A. Louart

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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