jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | CABINET HERVET AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 juillet 2022, enregistrée le 28 juillet 2022 au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, une autre requête enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 septembre 2022, M. B, représenté par Me Hervet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- et les observations de Me Hervet, avocat de M. B, et de M. B, assisté de M. C, interprète en langue bengalie, qui concluent aux mêmes fins que les écritures par les mêmes moyens et soutiennent en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il craint pour sa vie en cas de retour au Bangladesh en raison de ses activités au sein du Chatra Dal et de l'appartenance de son père au Bangladesh Nationalist Party (BNP), ce qui va valu à ce dernier des menaces de la part de membres de la Ligue Awami.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 5 novembre 1990 et entré en France le 6 avril 2021 selon ses déclarations, a fait l'objet le 20 juillet 2022 d'un arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
3. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les dispositions du 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision en litige, la circonstance qu'il ne mentionne pas certains faits n'étant pas de nature à l'établir.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B se prévaut de ce qu'il vit en France depuis plus d'un an, y possède de nombreux liens privés et familiaux et a pu s'y intégrer socialement professionnellement, son employeur étant prêt à l'accompagner dans ses démarches de régularisation au titre du travail et à procéder à une déclaration préalable d'embauche. Toutefois, le requérant est entré sur le territoire français alors qu'il était âgé de trente ans, n'y est présent que depuis une date récente et est célibataire et sans charge de famille, sans alléguer par ailleurs être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, et en dépit d'attestations de tiers en sa faveur et de son activité professionnelle, la préfète du Val-de-Marne, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris cette décision. Dès lors, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants.
Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7, et compte tenu de ce que le requérant n'invoque aucun autre moyen à ce titre, que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
10. La décision, qui vise et mentionne les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en précisant les circonstances de fait dont il résulte qu'il existe un risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, sans que ce dernier justifie de circonstance particulière appelant un délai de départ volontaire, est suffisamment motivée.
11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision en litige, la circonstance que cet arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas de nature à l'établir.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, la décision, qui relève notamment que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne de manière suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.
13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
14. Si M. B dont la demande d'asile a, d'ailleurs, été rejetée, allègue qu'il est exposé à un risque pour son intégrité physique de la part de membres de la Ligue Awami en cas de retour au Bangladesh en raison de ses activités au sein du Chatra Dal et de l'appartenance de son père au BNP, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
En ce qui concerne le principe de l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 7, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
17. La décision, qui vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, en rappelant l'absence de délai de départ volontaire donné à M. B pour quitter le territoire français ainsi que la circonstance que ce dernier ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, est suffisamment motivée.
18. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision en litige.
En ce qui concerne la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ". La motivation de la durée d'une interdiction de retour sur le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du même code quand bien même ni à indiquer l'importance accordée à chacun des quatre critères.
20. Pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, la préfète du Val-de-Marne s'est bornée à faire état de ce que cette durée ne portait pas atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé, lequel n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiale dans son pays d'origine, sans prendre en compte l'ensemble des critère prévus par la loi quand bien même, elle n'était pas tenue, à peine d'irrégularité, de préciser expressément que M. B ne présentait pas une menace à l'ordre public dès lors qu'elle ne retenait pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision. Par suite, cette décision est insuffisamment motivée et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, doit être annulée.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il fixe à deux ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
22. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de M. B doivent être rejetées.
D É C I D E:
Article 1er : L'arrêté du 20 juillet 2022 de la préfète du Val-de-Marne est annulé en tant qu'il fixe à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
H. DLe greffier,
A. Depousier
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026