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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215990

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215990

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215990
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 et 29 juillet 2022, Mme E D, représentante légale de son fils né le 13 mars 2016 à Paris, représenté par Me Berdugo, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) à titre principal, d'ordonner au préfet de de police de Paris, de délivrer un document de circulation pour étrangers mineurs (B) à son enfant dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner au préfet de police de Paris, de délivrer un B à son fils avant le 4 août 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie A lors que le refus du préfet de police de délivrer un document de circulation à son enfant malgré les multiples tentatives de renouvellement depuis le mois d'avril 2022 empêche leur départ à l'étranger prévu pour le 4 août 2022 ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de son enfant ainsi qu'à son droit au respect à la vie privée et familiale, tous deux reconnus et garantis respectivement par les articles 2 et 4 de la Constitution de 1958, les articles 5 et 8 de la convention de sauvegarde des droits d l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 2 du Protocole additionnel n°4 à cette convention.

- contrairement à ce qu'affirme le préfet dans les pièces qu'il a produites, la requérante est en situation régulière sur le territoire français.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 29 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et son préambule ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel n°4 du 16 septembre 1963 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Destouches, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Berdugo, représentant de Mme D ;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, de nationalité ivoirienne, demande au juge du référé liberté d'enjoindre au préfet de police de délivrer un document de circulation à son enfant mineur afin que celui-ci puisse partir avec elle à l'étranger le 4 août 2022.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". Ces dispositions confèrent au juge des référés le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

3. La liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). ".

5. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; (). ". Le document de circulation ne constitue pas un titre de séjour mais est destiné à faciliter le retour sur le territoire national, après un déplacement hors de France, des mineurs étrangers y résidant. Les conséquences d'un refus de délivrance sur la situation de l'enfant, sa liberté d'aller et venir ou son droit au respect de la vie privée et familiale s'apprécient ainsi au regard de son intérêt à se rendre hors de France et à pouvoir y revenir sans être soumis à l'obligation de présenter un visa.

6. Il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce que soutient le préfet de police, Mme D, à la suite notamment d'un jugement devenu définitif du 25 octobre 2018 du tribunal administratif de Paris, est titulaire d'une carte de résident expirant le 9 février 2024. Il ressort également des pièces du dossier, notamment d'une ordonnance du juge des référés du 12 juillet 2022 du tribunal administratif de Paris qu'elle a sollicité à de nombreuses reprises notamment par le biais de son conseil, auprès du préfet de police le renouvellement du document de circulation de son enfant A le mois d'avril dernier et ce, en prévision du voyage à l'étranger prévu le 4 août 2022. Par un courrier daté du 28 juillet 2022, la délivrance de ce document lui a été refusé au seul motif qu'elle serait en situation irrégulière sur le territoire français. Compte tenu de ce qui vient d'être dit sur la régularité du séjour de Mme D, mère de l'enfant, cette décision est entachée d'une erreur de fait et porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale d'aller et venir ainsi qu'au droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Compte tenu de l'urgence avérée, le départ pour l'étranger de Mme D et de sa famille étant prévu pour le jeudi 4 août 2022, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de prendre toute disposition pour remettre à Mme D au plus tard le mardi 2 août 2022 avant 12 heures, le document de circulation sollicité pour son fils mineur.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de remettre à Mme D par tout moyen, au plus tard le mardi 2 août 2022 avant 12 heures, le document de circulation qu'elle a sollicité pour son fils mineur.

Article 2 : L'État versera à Mme D la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police

Fait à Paris, le 29 juillet 2022.

La juge des référés,

M.-P. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, où à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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