jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2216140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2022 et 5 octobre 2022, M. C B, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler les décisions du 26 juillet 2022 par lesquelles la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ou, à titre subsidiaire, d'annuler la seule décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;
3°) en tout état cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à la SAS Itra Consulting au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre une mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît le droit à un procès équitable et les droits de la défense garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû envisager une mesure de régularisation au regard de l'article L. 423-23 compte tenu de ses liens familiaux et sociaux ainsi que de sa situation professionnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisé par la circulaire du 28 novembre 2012 ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.
La requête a été communiquée à la préfète du Val de Marne qui n'a pas produit d'observations.
Par une lettre du 11 octobre 2022, le tribunal a demandé à la préfète du Val de Marne de produire une copie du procès-verbal d'audition du requérant du 26 juillet 2022 et une copie du procès-verbal d'interpellation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Les pièces demandées par le tribunal ont été produites, pour la préfète du Val de Marne, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 3 janvier 1997, est entré en France, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2018. A la suite de son interpellation par les services de police, la préfète du Val de Marne a pris à son encontre un arrêté du 26 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2 Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique en outre que M. B, entré en France, selon ses déclarations, le 20 octobre 2018, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité en connaissance de cause la délivrance d'un titre de séjour. La décision précise par ailleurs que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables, notamment eu égard à sa date d'entrée en France. Par suite, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Val de Marne a examiné la situation de M. B avant de lui faire obligation de quitter le territoire français, quand bien même elle n'a pas expressément fait référence à sa situation professionnelle.
5. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Val de Marne ne s'est pas estimée en situation de compétence liée pour prendre une mesure d'éloignement mais que cette autorité a apprécié la situation du requérant au regard des observations qu'il a formulées lors de son audition du 26 juillet 2022. A cet égard, s'il est regrettable que le procès-verbal d'audition n'ait pas été produit par l'administration, les déclarations de l'intéressé, qui sont visées et retranscrites dans la décision litigieuse, ne sont pas contestées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit, en tout état de cause, être écarté.
6. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas été en mesure de justifier de " circonstances particulières " pendant sa détention, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé dès lors qu'il ne précise pas même quelle circonstance il aurait souhaité faire valoir pour faire obstacle au prononcé de la mesure contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,
L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. D'une part, si M. B se prévaut de sa résidence en France depuis le mois d'octobre 2018 et de son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, il exerçait une activité professionnelle depuis seulement un an et demi, en dernier lieu en vertu d'un contrat à durée déterminée. Par suite, il ne justifiait pas d'une activité professionnelle ancienne et stable en France. D'autre part, il n'est pas contesté que certains membres de la famille de M. B résident en France, en l'occurrence une sœur, un frère, qui dispose néanmoins d'une carte de séjour espagnole, et une tante. Toutefois, le requérant ne justifie pas pour autant avoir créé des liens anciens et intenses en France alors qu'il y séjournait depuis seulement trois ans et demi à la date de l'arrêté attaqué et qu'il n'est pas contesté qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à, au moins, l'âge de vingt-et-un ans. Par suite, compte tenu de l'ancienneté et des conditions de séjour en France du requérant, en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Par suite, M. B ne peut pas utilement se prévaloir de l'erreur manifeste d'appréciation que la préfète aurait commise au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, en tout état de cause, de la violation de la circulaire du 28 novembre 2012 dont les énonciations ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
12. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, en particulier l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Elle indique en outre, que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière qui s'opposerait au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, après avoir indiqué la date d'entrée en France de l'intéressé le 20 octobre 2018, la circonstance qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et stables, la décision indique que la durée de l'interdiction de retour de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, la motivation de la décision attaquée est suffisante. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de cette décision.
14. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que M. B résidait en France depuis seulement trois ans et demi à la date de l'arrêté attaqué et qu'il ne justifiait ni d'une insertion professionnelle ancienne et stable ni de liens privés ou familiaux anciens et intenses alors qu'il n'est pas contesté qu'il conserve des liens dans son pays d'origine qu'il a quitté récemment. Dans ces conditions, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doivent être rejetées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val de Marne du 26 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Val de Marne.
Jugement rendu en audience publique le 20 octobre 2022.
La magistrate désignée,
E. A La greffière,
C. LATOUR
La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./3-2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026