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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216363

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216363

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantBOAMAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 9 août 2022, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, représenté par Me Boamah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 31 juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure et en violation du principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il ne s'est pas maintenu en France sans être titulaire d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est dénuée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne présente pas un risque de fuite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est dénuée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dénuée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français et une décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Val-d'Oise n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Gagey, substituant Me Boamah, représentant M. C, présent, assisté d'un interprète, qui reprend ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 18 juin 2003 à Mahdia (Tunisie), demande l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

3. M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation. L'arrêté cite les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 et se borne à indiquer que M. C se trouvait en situation irrégulière au moment de son interpellation. Ce faisant, l'arrêté n'indique toutefois pas les motifs pour lesquels le préfet de police a considéré que M. C rentrait dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, le préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'évoque pas dans son arrêté la demande de titre de séjour déposée par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont ce dernier atteste par la production d'une capture d'écran du site " démarches-simplifiées ". Par suite, M. C est fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à solliciter l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français et les mesures qui l'accompagnent, implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la situation du requérant et qu'il lui soit délivré, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 31 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation du requérant dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et qu'il lui soit délivré, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Jugement rendu en audience publique le 9 août 2022.

.

Le magistrat désigné,

G. B

La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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