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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216622

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216622

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDRIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une ordonnance du 1er août 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de M. C A au tribunal administratif de Paris en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

B cette requête, enregistrée le 21 juillet 2022, et des mémoires, enregistrés les 13 et 14 septembre 2022, M. C A, représenté B Me Dridi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 B lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit de retour en France pendant une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admissions dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté disposait d'une délégation de signature ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen individuel de sa demande ;

- dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas communiqué la procédure de retenue administrative qui lui a permis de prendre sa décision, cette dernière a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- il n'est pas démontré qu'il a pu bénéficier de façon effective de ses droits lors de la retenue ;

- la procédure de garde à vue n'est pas produite ;

- il n'est pas démontré que les droits de la défense ont été respectés dès lors que le procès-verbal de son audition n'a pas été communiqué ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet des Hauts-de-Seine a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- il ne trouble pas l'ordre public ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire, notifiée le 24 juillet 2019 est caduque depuis le 24 juillet 2020 ;

- il n'est pas démontré que cette décision lui a été notifiée ;

En ce qui concerne son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en France.

B un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête de M. A est tardive et, B suite, irrecevable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Darthout, greffière d'audience :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Dridi, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, B les mêmes moyens et soutient, en outre que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 31 mai 2019 a été annulé B le tribunal administratif de Paris le 17 octobre 2019 et qu'il ne s'est soustrait à l'exécution d'aucune mesure d'éloignement, qu'il vit en France depuis 5 ans, qu'il travaillait dans un restaurant de restauration rapide lorsqu'il a été interpellé, que la décision refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale et que la décision portant interdiction de retour n'est pas motivée ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais, né le 1er janvier 1972, est entré en France, selon ses déclarations, en 2017. Le 30 juillet 2021, M. A a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. B une décision du 20 mars 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire. B un arrêté du 31 mai 2019, le préfet de police a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. B un jugement du 17 octobre 2019, le magistrat désigné B le président du tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté. B un arrêté du 20 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a de nouveau obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée B le préfet des Hauts-de-Seine :

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification B voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 20 juillet 2022 a été notifié à M. A B voie administrative le même jour, à 19h05 et que sa requête, dirigée contre cet arrêté, a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 21 juillet 2022 à 16h19. B suite, la fin de non-recevoir opposée en défense B le préfet des Hauts-de-Seine et tiré de ce que la requête de M. A serait tardive ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. En l'espèce, en l'absence de production du procès-verbal d'audition de M. A B les services de police lors de son interpellation ou de toute autre pièce relative à la procédure suivie préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, le préfet des Hauts-de-Seine, qui soutient seulement que la requête de M. A serait tardive et donc irrecevable, n'établit pas que l'intéressé aurait été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une mesure l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et mis à même de formuler ses observations sur cette éventualité. Dans ces conditions, M. A, privé de la possibilité de présenter les éléments pertinents de sa situation qui auraient pu influer sur le contenu de la décision est fondé à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu.

6. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté B lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. En application de ces dispositions, il y a lieu, ainsi que le demande M. A, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sans délai.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 20 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

G. D La greffière,

C. DARTHOUT

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./5-3

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