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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216625

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216625

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDRIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er août 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de M. F B au tribunal administratif de Paris en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête, enregistrée le 20 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le

16 septembre 2022, M. F B, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit de retour en France pendant une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation en vue d'une admission exceptionnelle au séjour.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté disposait d'une délégation de signature ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas communiqué la procédure de retenue administrative qui lui a permis de prendre sa décision, cette dernière a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- il n'est pas démontré qu'il a pu bénéficier de façon effective de ses droits lors de la retenue ;

- la procédure de garde à vue n'est pas produite ;

- il n'est pas démontré que les droits de la défense ont été respectés dès lors que le procès-verbal de son audition n'a pas été communiqué ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet des Hauts-de-Seine a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- il ne trouble pas l'ordre public ;

- cette décision n'est pas fondée ;

En ce qui concerne son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête de M. B n'appelle aucune observation de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Paris a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Darthout, greffière d'audience :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Dridi, représentant M. B, présent et assisté de

Mme A G, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre que le préfet des Hauts-de-Seine a produit tardivement le procès-verbal d'audition de M. B, qu'il n'a pas produit d'accusé de réception de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, qu'aucune question sur un éventuel recours contre cette décision ne lui a été posée, que le procès-verbal fait référence à des infractions dont on ne sait pas si c'est effectivement lui qui en est l'auteur, qu'il n'a pas pu produire les documents lors de son audition, qu'il a un contrat de travail à durée indéterminée, et que les décisions portant refus de départ volontaire et interdiction de retour ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de M. B ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant bangladais, né le 8 juin 1995, est entré en France, selon ses déclarations, le 5 mars 2020. Par une décision du 31 mai 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 août 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° PCI N° 2022-057 du 1er juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 2 juin 2022, Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu du préfet des Hauts-de-Seine délégation à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et pour prononcer une interdiction de retour en France pour une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il contient et a ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

5. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 542-1 de ce code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article

L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

6. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été relevé précédemment que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français a été prise après que sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de protections subsidiaire a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. D'autre part, il résulte des termes mêmes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité que la circonstance que M. B n'aurait pas été destinataire de la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile est sans incidence sur son droit de se maintenir en France, lequel a pris fin à la date de la lecture de ladite décision. Il suit de là que M. B entrait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait légalement faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de la police à Bois-Colombes le 19 juillet 2022 et que lors de cette audition, l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine a été évoquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise au terme d'une procédure pendant laquelle son droit d'être entendu n'aurait pas été respecté ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il réside en France depuis plus de trois ans, qu'il est intégré socialement et professionnellement et qu'il a obtenu un contrat de travail à durée indéterminée et continue d'exercer une activité salariée sans toutefois parvenir à être déclaré, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur sa situation personnelle, ou porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si M. B fait état des risques qu'il encourrait eu égard en cas de retour au Bangladesh, il n'apporte aucun élément de nature à établir le bien-fondé de ses allégations, ni la réalité de ses craintes. Au surplus, et alors, au demeurant que lors de son audition par les services de police, il a déclaré séjourner en France " pour travailler " ni ses déclarations au cours de l'audience ni aucun document nouveau n'ont été de nature à remettre en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation individuelle par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile auprès desquels il a déjà pu faire valoir ses arguments sur sa situation au Bangladesh. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article

L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas

suivants : / () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () /. 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; ".

13. En l'espèce, pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire de trente jours le préfet des Hauts-de-Seine a relevé qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement en France, n'a pas sollicité de titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français.

14. Toutefois, d'une part, s'il est constant que M. B est entré en France irrégulièrement, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a sollicité son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile, le rejet de sa demande étant d'ailleurs le fondement de la décision d'éloignement. D'autre part, s'il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé qu'en réponse à la question " Envisagez-vous un retour dans votre pays ' " il s'est borné à répondre " Non je souhaite rester en France ", il n'a pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire. Il suit de là que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait opposer à M. B les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le priver d'un délai de départ volontaire.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête sur ce point, la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B doit être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ".

17. Il résulte de ce qui a été relevé aux points 13 à 15 du présent jugement que la décision privant M. B d'un délai de départ volontaire a été prise en méconnaissances des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui, aux termes de l'arrêté attaqué, se fonde sur la seule décision portant refus de délai de départ volontaire, doit être annulée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 juillet 2022 doit être annulé, en tant qu'il refuse à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire et qu'il lui interdit tout retour en France pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement implique seulement l'effacement de M. B du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sans délai.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 juillet 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il refuse à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours et lui interdit tout retour en France pendant une durée d'un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

G. E La greffière,

C. DARTHOUT

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./5-3

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