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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2217018

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2217018

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2217018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 août et 8 décembre 2022, Mme B C, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande de changement de nom au profit du patronyme " A " ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de présenter au Premier ministre un projet de décret l'autorisant à changer le nom " C " en " A ", ou, à défaut, de procéder au réexamen de la situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de la situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son intérêt légitime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Palla,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C demande l'annulation de la décision du 16 mars 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande de changement de nom de C en " A ".

2. En premier lieu, la décision contestée vise l'article 61 du code civil et mentionne les éléments de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle précise, d'une part, que les pièces produites à l'appui de la demande ne permettent pas d'établir les faits relatés par Mme C ni de justifier d'un préjudice grave et certain, d'autre part, que les pièces versées ne permettent pas non plus d'établir l'usage constant du nom sollicité dont se prévaut la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme C ne soutient pas avoir produit, au stade de sa demande, de quelconques pièces attestant de l'usage du nom " A " au cours d'années différentes de celles mentionnées par le garde des sceaux, ministre de la justice dans sa décision. Si, en particulier, une carte nationale d'identité comportant son nom d'usage lui a été délivrée en 1992, cette seule pièce, avec cette mention, ne suffit pas à établir, sans aucune autre pièce probante, que le nom d'usage " A " a été effectivement utilisé au cours des années depuis lesquelles ce document d'identité est valable. En outre, Mme C ne peut se prévaloir d'un arrêt de la cour d'appel de Montpellier attestant d'un usage constant de son prénom au soutien d'une requête tendant à solliciter un changement de nom. Dès lors, le garde des sceaux, ministre de la justice pouvait relever, dans les motifs de sa décision du 16 mars 2022, sans commettre d'erreur de fait, que les pièces produites, et notamment la carte nationale d'identité de la requérante, ne permettaient d'attester d'un usage du nom " A " que pour les années 1992, 2017 et 2019.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le garde des sceaux, ministre de la justice ait insuffisamment examiné la situation personnelle de Mme C avant de prendre la décision attaquée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom. / La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré. / Le changement de nom est autorisé par décret ".

6. D'une part, des motifs d'ordre affectif peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.

7. En l'espèce, Mme C soutient avoir fait l'objet d'abus sexuels confessés par son père, à l'origine d'importants troubles psychologiques. Elle produit une attestation de sa thérapeute qui mentionne les graves perturbations émotionnelles dont elle souffre. Toutefois, alors même qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause l'authenticité du récit de Mme C, ce seul document ne suffit pas à établir la matérialité des faits avancés ni à justifier de souffrances telles qu'elles constitueraient des circonstances exceptionnelles de nature à caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61.

8. D'autre part, la possession d'état, qui résulte du caractère constant et ininterrompu, pendant plusieurs dizaines d'années, de l'usage d'un nom, peut caractériser l'intérêt légitime requis par les dispositions de l'article 61 du code civil.

9. En l'espèce, Mme C produit de nombreux documents, pièces d'identité, courriers professionnels, avis d'impôt, relevé de compte, attestation d'assurance, factures, courriers administratifs, diplôme, qui attestent de l'usage du nom " A " au cours de plusieurs décennies. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a tantôt fait usage du nom " Dite B A ", tantôt du nom " A ", parfois du nom " A C " et encore quelques fois du nom " C A ". Ainsi, les éléments produits ne caractérisent pas l'usage constant et ininterrompu pendant plusieurs dizaines d'années du seul nom " A " tant dans sa vie personnelle que professionnelle. Dès lors, le garde des sceaux, ministre de la justice a pu considérer qu'elle n'utilisait pas le nom " A " de façon ancienne, continue et constante.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 que le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant à Mme C le changement de nom sollicité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

F. PALLA

Le président,

J-F. SIMONNOT La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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