vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2217165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | MAUGIN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 août et
25 août 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 19 septembre 2022, sous le
no 2217165, M. C G, représenté par Me Maugin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour pour accompagner son enfant malade et l'a obligé à quitter le territoire ou à défaut, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de
50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-1 de la loi du 19 juillet 1991.
M. G soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la composition irrégulière du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août et 25 août 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 19 septembre 2022 sous le no 2217167,
Mme E, représentée par Me Maugin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour pour accompagner son enfant malade et l'a obligée à quitter le territoire ou à défaut, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de
50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-1 de la loi du 19 juillet 1991.
Mme E soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tirée de l'absence de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de ces deux requêtes.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. G et Mme E ne sont pas fondés.
M. G et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- M. G, Mme E et le préfet de police n'étaient pas présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les nos 2217165et 2217167 présentent à juger des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
2. M. G et Mme E, ressortissants algériens, nés respectivement les
23 novembre 1970 et 15 février 1973 en Algérie, sont entrés en France au cours de l'année 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Ils ont sollicité le 28 septembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour pour accompagner dans leurs soins leurs deux enfants malades. Par deux arrêtés du 6 mai 2022, le préfet de police a refusé ces demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés. Par les présentes requêtes, M. G et Mme E demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
4. Pour refuser l'autorisation provisoire de séjour sollicitée par M. G et Mme E, le préfet de police a estimé, en suivant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 février 2022, que si l'état de santé de leurs deux enfants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ils peuvent toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. G et Mme E sont parents de 2 enfants, B et A. B, âgé de 10 ans à la date de la décision attaquée, est atteint de trisomie 21 associée à des troubles visuels, moteurs, respiratoires et uro-génitaux. Il présente également un retard important du développement mental et du langage expressif. Sa sœur, A, âgée de 7 ans à la date de la décision attaquée, est, quant à elle, porteuse d'une trisomie 8 en mosaïque, associée à de nombreuses pathologies, en particulier, un syndrome polymalformatif avec des malformations orthopédiques et vertébrales, des hypoacousies transitoires, des troubles praxiques de la motricité et un retard du langage expressif. Sa pathologie l'expose également a un risque plus élevé de maladies auto-inflammatoires et hématologiques. L'état de santé de B et de A nécessite, pour chacun d'entre eux, une prise en charge médicale et éducative adaptée et pluridisciplinaire comme en attestent les très nombreuses attestations et certificats médicaux produits au dossier qui détaillent les suivis médicaux mis en œuvre sur le territoire national. Les requérants soutiennent qu'au regard des nombreuses pathologies dont souffrent leurs deux enfants, l'offre de soin adapté n'est pas disponible dans leur pays d'origine, comme en atteste, notamment, un certificat médical établi le 27 juillet 2021, par le
Professeur H du Centre Pierre-et-Marie Curie d'Alger. Pour établir, en défense, qu'une telle prise en charge est possible en Algérie, le préfet de police se borne à produire l'avis rendu le 18 février 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi qu'une " liste non exhaustive " d'orthopédistes et d'établissement de soins généralistes algériens. Par ces seules pièces, le préfet de police n'établit toutefois pas que B et A puissent effectivement bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à leur état de santé, lequel sera nécessairement rendu plus complexe par la concomitance des soins dispensés aux deux enfants des requérants.
6. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, au regard notamment des pathologies associées aux syndromes trisomiques de B et A, en refusant à M. G et Mme E la délivrance de titres de séjour pour accompagner leurs enfants malades, le préfet de police a entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. G et Mme E sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 6 mai 2022, par lesquels le préfet de police a refusé la délivrance des titres de séjour sollicités. Les décisions du même jour faisant obligation aux requérants de quitter le territoire dans un délai de trente jours et désignant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de la situation de M. G et Mme E, que le préfet de police leur délivre un titre de séjour pour accompagner leurs enfants malades, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Maugin sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de police en date des 6 mai 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. G et
Mme E un titre de séjour pour accompagner leurs enfants malades, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Maugin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37 de la loi du 19 juillet 1991, sous réserve que Me Maugin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et
Mme D E et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur, Le président,
M. FI
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2217165/5-2 - 2217167/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026