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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2217242

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2217242

mardi 16 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2217242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantBADJANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, M. B E, actuellement en zone d'attente à l'aéroport de Roissy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de l'admettre sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin aux mesures de privation de liberté dont il fait l'objet et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

-le principe de confidentialité des éléments de la demande d'asile a été méconnu ;

-la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière eu égard aux conditions matérielles de l'entretien avec l'agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

-elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que le ministre a fait plus qu'examiner le caractère manifestement infondé de sa demande ;

-sa vulnérabilité n'a pas été prise en considération ;

-la décision méconnaît les stipulations des articles 33§1 de la convention de Genève et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951,

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C,

-les observations de Me Badjang, représentant M. E, assisté de M. A D, interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

-et les observations de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant colombien né le 27 juillet 1962 à Bogota, a sollicité son admission sur le territoire français au titre de l'asile alors qu'il se trouvait en zone d'attente. Par une décision du 11 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté cette demande. M. E demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information résultant de la demande d'asile, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à traiter sa demande, à savoir les agents de police ainsi que les agents de l'OFPRA et du ministère de l'intérieur et des outre-mer, tous astreints au secret professionnel. Enfin, la circonstance que la décision serait transmise par télécopie ou courrier électronique n'est pas davantage de nature à méconnaître ce principe, ni à porter atteinte au droit d'asile. En conséquence, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. E n'apporte aucun élément permettant d'établir que les conditions matérielles de l'entretien avec l'agent de l'OFPRA l'auraient empêché de développer son récit. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du compte-rendu de cet entretien, qui a duré 54 minutes et qui a été mené avec l'aide d'un interprète en espagnol, que M. E aurait rencontré des difficultés de compréhension des questions qui lui ont été posées. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

4. Enfin, aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente selon les modalités prévues au titre IV à l'exception de l'article L. 341-1, le temps strictement nécessaire pour vérifier : / 1° Si l'examen de sa demande relève de la compétence d'un autre Etat en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ; / 2° Ou, si sa demande n'est pas irrecevable ; / 3° Ou, si sa demande n'est pas manifestement infondée " et aux termes de l'article L. 352-1 du même code : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre de l'intérieur et des outre-mer peut rejeter la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A. (2) de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.

6. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le ministre de l'intérieur, à la suite de l'avis défavorable rendu par l'agent de l'OFPRA sur la demande d'asile de M. E, a estimé que les déclarations de ce dernier étaient dénuées de tout élément circonstancié, que son récit était peu plausible et que sa demande était manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécution ou d'atteintes graves exprimé en cas de retour dans son pays. Ce faisant, le ministre a exercé son propre pouvoir d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, en relevant le caractère manifestement infondé de la demande d'asile présentée par M. E, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. D'autre part, M. E soutient qu'il craint pour sa sécurité en Colombie dès lors qu'il est ciblé par les forces paramilitaires colombiennes en raison de son refus de laisser son fils en devenir membre, que son fils a été enlevé en 2018 par ces forces en vue de son enrôlement contre son gré mais qu'il a réussi à récupérer ce dernier et à déposer plainte contre ses agresseurs, qu'il a alors été sévèrement battu par ces derniers, qu'il a rejoint l'Espagne en 2019 et que, quand il est revenu à Bogota en mai 2022, il a été de nouveau agressé violemment et qu'il a réussi à faire partir son fils pour F avant de venir en France. Toutefois, ainsi que le précise la décision attaquée, les déclarations de M. E, en particulier sur les raisons de son ciblage par les forces paramilitaires colombiennes, sur les circonstances de l'enlèvement de son fils puis de sa " récupération " et des agressions qu'il aurait subies sont dénuées de tout élément circonstancié, précis et personnalisé. S'il a produit à l'audience une vidéo prise après son agression en 2022 et deux plaintes déposées en 2018 et 2022, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer qu'il serait effectivement la cible des forces paramilitaires. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. E au regard notamment de sa vulnérabilité, sur laquelle l'intéressé n'apporte au demeurant aucun précision, et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non-refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, estimer que la demande de l'intéressé était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers la Colombie ou vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu en audience publique le 16 août 2022.

La magistrate désignée,

A. C

La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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