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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2217306

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2217306

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2217306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMAPCHE-TAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 13 août 2022, M. G B demande au Tribunal :

1°) de bénéficier de l'assistance de l'avocat de permanence et d'un interprète ;

2°) d'annuler les arrêtés en date du 13 août 2022, A lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de trente-six mois. ;

3°) de lui communiquer le dossier contenant les pièces sur lesquelles le préfet de police s'est fondé.

M. B soutient :

En ce qui concerne les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

- elles ont été signées A une autorité incompétente

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français assortie d'un signalement aux fins de non admission :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est fondée sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces qui ont été enregistrées le 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir au cours de l'audience publique du 24 août 2022 présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Quiroz-Nossin, représentant M. C et les observations de Me Helderlé, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. G B, ressortissant sénégalais, né le 10 septembre 1995, à Sédiou demande l'annulation des arrêtés du 13 août 2022, notifié le jour même A lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trente-six mois.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées:

2. A un arrêté n° 2022-00856 du 21 juillet 2022 régulièrement publié, le préfet de police a donné délégation à M. F D, attaché principal d'administration de l'Etat, placé sous la responsabilité de la cheffe du 8ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé les arrêtés attaqués. A suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des décisions attaquées, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code: " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

6. Pour prendre à l'encontre de M. B une décision l'obligeant à quitter le territoire français le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du I° de l'article L. 611-1 1° précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre le préfet a estimé pour refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'avait pas sollicité de titre de séjour et qu'il ne présentait A des garanties de représentation suffisantes en l'absence de documents d'identité en cours de validité et d'adresse effective et permanente. Enfin le préfet de police a indiqué que le requérant n'établissait pas l'existence de menaces dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter de titre de séjour. Il ressort, en outre, de ces mêmes pièces que le requérant ne dispose ni de documents de voyages en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente sur le territoire français. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il est menacé dans son pays d'origine, il ne produit aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Dans ces conditions, le préfet de police a pu, sans méconnaître les dispositions précitées et sans entacher ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation, prendre à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français sans délai et fixer le pays de destination au Sénégal.

En ce qui concerne l'interdiction de retour assortie d'un signalement aux fins de non admission :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. L'intéressé fait valoir qu'il souffre d'addiction et que cela est pour son seul usage personnel. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que M. B a été interpellé pour acquisition, usage et détention non autorisés de produits stupéfiants à Paris (crack). Dans ces conditions, en estimant que les faits reprochés à l'intéressé revêtaient un caractère de gravité tel qu'ils justifiaient de prononcer la durée maximale d'interdiction de retour sur le territoire français prévue A les dispositions citées au point précédent, le préfet de police a fait une appréciation erronée des faits de l'espèce. M. B est, A suite, fondé à demander l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre elle..

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées A voie réglementaire. ".

12. Le présent jugement qui annule uniquement l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois prononcée à l'encontre de M. B A le préfet de police le 13 août 2022 implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de la décision annulée.

D E C I D E:

Article 1er : L'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois prononcée A le préfet de police à l'encontre de M. B le 13 août 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ci-dessus annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet de police.

Copie en sera adressée à l'association service social familial migrants.

Lu en audience publique le 24 août 2022.

Le magistrat désigné,

S. ELe greffier,

A. KOLTCHEVA

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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