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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2217662

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2217662

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2217662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEBAZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2022, Mme B A D, représentée par Me Debazac, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 juin 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Debazac, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'elle est dépourvue de ressources depuis mars 2022, qu'elle est hébergée dans un centre d'hébergement d'urgence et qu'elle se retrouve ainsi dans une situation de grande précarité qui entraîne une dégradation de son état de santé déjà fragile ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable aux demandeurs d'asile ayant accepté les conditions matérielles d'accueil avant le 1er janvier 2019 alors que sa demande doit être considérée comme une première demande d'asile;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2217591 par laquelle Mme A D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 7 septembre 2022, en présence de Mme Maurice, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Debazac pour Mme A D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante somalienne née le 3 août 1960, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 3 septembre 2018 et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'OFII afin de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Elle a été placé en procédure dite " Dublin " et le préfet de police a décidé son transfert aux autorités norvégiennes par un arrêté du 6 novembre 2018. Mme A D a été transférée en Norvège en juillet 2019. De retour en France, elle a présenté une nouvelle demande d'asile enregistrée en procédure normale en guichet unique le 17 mai 2022. Par une décision du 23 juin 2022, l'OFII a décidé de suspendre ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Par la présente requête, Mme A D demande la suspension de l'exécution de la décision du 23 juin 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme A D il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Il n'est pas contesté que Mme A D est dépourvue de ressources financières et dort dans un centre d'hébergement d'urgence. Par ailleurs elle a besoin d'un traitement médical et d'un suivi qui ne peut être effectué dans ce centre comme l'atteste le certificat du 16 août 2022 qui relève qu'elle ne peut se soigner correctement. Dès lors, la décision attaquée qui lui refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil la place ainsi dans une situation de grande précarité en la privant du bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et d'un hébergement. Dès lors, la décision en litige porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Pour refuser à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII de Paris s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée " n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande

d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de

l'instruction de votre demande ". Toutefois la requérante justifie qu'après son transfert en Norvège en juillet 2019, elle a été reconduite en Somalie comme l'atteste le billet d'avion du 23 juillet 2019 d'Oslo à destination de Mogadiscio qui porte la mention " deportee accompanied by an escort ". En conséquence, elle est fondée à soutenir que sa demande de protection internationale en France déposée en mars 2022 lors de son retour, enregistrée d'ailleurs en procédure normale, doit être considérée comme une première demande d'asile. Par ailleurs, au regard de son âge et de son état de santé révélé par le courrier du 16 août 2022 du médecin généraliste du CHU qui indique que " Mme A a besoin d'un triple traitement médicamenteux et d'un régime alimentaire spécial que le CHU ne peut lui offrir ", elle est également fondée à soutenir que l'OFII aurait du prendre en compte sa vulnérabilité. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen complet de sa demande, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de l'OFII du 23 juin 2022 suspendant à Mme A D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

9. Il résulte de la suspension ordonnée au point 7 qu'il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de rétablir provisoirement Mme A D au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Debazac, avocat de Mme A D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Debazac d'une somme de 1 000 euros. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme A D.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 juin 2022 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement Mme A D au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Debazac, conseil de Mme A D, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de l'admission définitive de Mme A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A D.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A D, à Me Debazac et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 9 septembre 2022.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2217662/2-1

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