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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218012

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218012

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2022 et 7 décembre 2022, M. B C A, représenté par Me Millot (SELARL 66 Avocats), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ou, à défaut, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable compte tenu de la notification irrégulière de l'arrêté attaqué par voie postale ;

- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il réside habituellement et régulièrement en France depuis plus de treize ans ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français n'est pas caractérisé ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne tient pas compte de chacun des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des circonstances humanitaires justifiant qu'une telle mesure ne soit pas prononcée ;

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant la Somalie comme pays de renvoi méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Armoët a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant somalien né le 10 janvier 1980, est entré en France au mois de juillet 2009. Par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 septembre 2009, il a obtenu le transfert de la protection subsidiaire qui lui avait été préalablement accordée par les autorités maltaises le 20 octobre 2008. Il a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", dont la validité expirait le 15 décembre 2017. Le 31 mars 2021, M. C A a demandé la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ". Par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. C A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, qui est bénéficiaire de la protection subsidiaire en France depuis le mois de septembre 2009, a été condamné le 2 février 2017 à une peine de neuf mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits commis entre les mois de janvier 2012 et mars 2013, de transport, détention, offre ou cession et acquisition non autorisés de stupéfiants. Il est cependant constant que cette condamnation pénale, qui porte sur des faits qui ont été commis près de dix ans avant l'arrêté attaqué, est restée isolée. En outre, alors qu'aucune précision n'est apportée quant au degré d'implication du requérant dans le trafic de stupéfiants en cause, il ressort des pièces du dossier que l'Office français des réfugiés et apatrides a décidé, à l'issue de la procédure de fin de protection engagée par l'administration et au vu des informations portées à sa connaissance, de lui maintenir le bénéfice de la protection internationale. Dans ces conditions, M. C A est fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public qui justifierait le refus de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " sollicitée.

5. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour du 19 juillet 2022. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois et fixant le pays de renvoi doivent également, par voie de conséquence, être annulées.

Sur l'injonction :

6. D'une part, en raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " soit délivrée au requérant, qui ne remplit en revanche pas la condition de séjour régulier prévue à l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance de la carte de résident d'une durée de dix ans qu'il sollicite devant le tribunal. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de délivrer le titre de séjour prévu à l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. C A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a néanmoins pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. D'autre part, eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée aux termes du présent jugement implique également que le préfet de police prenne, dans le délai de deux mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 19 juillet 2022 annulée.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Millot, avocate de M. C A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Millot de la somme de 1 000 euros.

9. En revanche, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 19 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " à M. C A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de prendre, dans le délai de deux mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 19 juillet 2022 annulée.

Article 4 : L'Etat versera à Me Millot une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Millot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de police et à Me Millot.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

N. Amat

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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