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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218429

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218429

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCHANEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 1er septembre et 13 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Chaney, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans l'espace Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541-1, L. 541-2, L. 541-3 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors que le préfet n'a pas vérifié son admissibilité en Italie ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delesalle.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 3 août 1988 et entré en France en 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande de titre de séjour qui a été rejetée le 22 janvier 2022 par un arrêté du préfet de Seine-et-Marne qui lui a également fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B s'est toutefois maintenu sur le territoire et, par un arrêté du 30 août 2022 du préfet des Yvelines, l'a obligé de nouveau à quitter le territoire français en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, en fixant le pays de son envoi d'office et en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à

M. Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ce dernier n'ait pas été absent ou empêché lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisante les considérations de fait et de droit sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

5. Il ressort de la fiche " Telemofpra " produite par le préfet des Yvelines en réponse à une mesure d'instruction, et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande d'asile présentée par M. C a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 décembre 2020, notifiée le 15 janvier 2021, contre laquelle l'intéressé a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, laquelle l'a rejeté par une ordonnance du 4 juin 2021, notifiée le 29 juin 2021. Par suite, à la date de l'arrêté attaquée, M. C ne disposait plus du droit de se maintenir en France au titre de sa demande d'asile, et le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 541-1, L. 541-2, L. 541-3 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. B se prévaut de liens privés et familiaux effectifs et anciens en France, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 30 août 2022, que son épouse et ses trois enfants mineurs résident au Sénégal sans qu'il établisse l'existence des liens allégués sur le territoire français et qui ne tiendraient, en tout état de cause, qu'à l'existence d'un cousin. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant à l'encontre de M. B une décision d'éloignement, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

9. En sixième lieu, si le requérant allègue avoir été titulaire d'un passeport italien qu'il aurait perdu, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation ou erreur de droit que le préfet des Yvelines a pu décider de l'éloigner à destination de son pays de nationalité notamment.

10. En septième lieu, le préfet ayant fondé sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article

L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la durée de présence en France de M. B et de son absence de vie privée et familiale, et quand bien même il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet des Yvelines et à Me Chaney.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Tichoux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

H. Delesalle

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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