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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218476

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218476

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantAZAIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Azaiez, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 2 septembre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sous astreinte une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et notamment sur son état de santé ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêtés du 2 septembre 2022, le préfet de police a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois. M. D demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir, et notamment de la durée de sa présence en France et du fait qu'il serait suivi en France pour un traitement médical dont il aurait fait part lors de son interpellation. Enfin, s'agissant de l'arrêté portant interdiction de retour en France, contrairement à ce qu'il soutient, le préfet a bien fait état de la durée de sa présence en France et n'avait pas à faire état d'une précédente mesure d'éloignement dans la mesure où il ne se fonde pas sur une telle circonstance et n'avait pas à prendre en compte des circonstances humanitaires liées notamment à son état de santé, car comme il va être dit ci-après, le requérant n'en justifie pas. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté en toutes ses branches.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation même des arrêtés attaqués que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. D.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. D, ressortissant tunisien né en 1965 soutient qu'il est entré en France en 2009, n'a plus de liens familiaux avec son pays, a été diagnostiqué en 2016 d'une hépatite C et suivi de ce fait par le docteur C pour un traitement médicamenteux. Enfin, il soutient qu'il est également sous traitement concernant des troubles du sommeil et des troubles d'anxiété. Toutefois, M. D est célibataire, sans enfant, sans activité et sans revenus et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie. Ensuite, il se maintient irrégulièrement en France et ne justifie pas avoir entamé des démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. Ensuite, comme le relève le préfet, il est défavorablement connu des services de police pour son comportement ayant fait l'objet de deux condamnations, d'un signalement pour violence sur sa concubine, port d'arme prohibé et acquisition de stupéfiants et a été signalé le 3 juillet 2022 pour violence aggravée. Enfin, il n'apporte aucun justificatif notamment médical sur son état de santé tant en ce qui concerne l'hépatite C que les troubles du sommeil et du comportement. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire.

6. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire, celle fixant le pays de destination et celle prononçant une mesure d'interdiction de retour doivent être écartées.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 2 septembre 2022 du préfet de police. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022

Le magistrat désigné,

A. A

La greffière

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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