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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218827

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218827

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDUFOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Dufour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour selon les mêmes modalités de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet de police d'établir qu'il a préalablement et effectivement saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Belkacem.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 9 avril 1993, est entré en France le 5 juin1995 et s'y maintient depuis lors, selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer en 2012 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelée jusqu'au 10 juin 2016, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 12 mai 2017 au 11 mai 2019. Il s'est présenté en novembre 2021 à la préfecture de police de Paris, afin de solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le préfet de police a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement. En outre, le préfet n'est jamais tenu de préciser l'ensemble des éléments se rapportant à la situation de l'intéressé, mais seulement ceux qui fondent sa décision. Enfin, une telle motivation établit que le préfet de police a bien procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet manquent en fait et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 17 mai 2022, produit par le préfet de police dans le cadre de la présente instance, que la commission du titre de séjour s'est réunie en séance pour examiner la situation de M. B et que M. B a bien été entendu au cours de cette séance. Par suite, le requérant ne peut sérieusement soutenir que la commission du titre de séjour n'aurait pas été saisie. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance/ Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. () " ". Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 5 juin 1995, alors qu'il était âgé de deux ans, et qu'il y est présent habituellement depuis lors. En outre, il est constant que le requérant justifie de la présence régulière en France de ses parents et des membres de sa fratrie, soit parce qu'ils sont titulaires de titres de séjour, s'agissant des parents, soit parce qu'ils ont acquis la nationalité française, s'agissant des membres de sa fratrie. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une première condamnation le 2 juin 2014 par le tribunal correctionnel de Paris à une amende de 600 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, puis il a également été condamné, respectivement le 31 août 2016 et le 12 décembre suivant, par les tribunaux correctionnels d'Evry et de Paris à des amendes pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points, et de circulation avec un véhicule à moteur terrestre sans assurance. M. B a, par la suite, été condamné par un jugement du 16 février 2017 du tribunal correctionnel de Créteil à un mois d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, pour détention non autorisée de stupéfiants, pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants, pour acquisition non autorisée de stupéfiants et pour usage illicite de stupéfiants, tandis que, par un jugement du 28 juin 2018, le tribunal correctionnel de Paris l'a condamné à une peine de quatre années d'emprisonnement, assortie d'un sursis de six mois et d'une mise à l'épreuve de deux ans avec obligation d'exercer une activité professionnelle, de suivre un enseignement ou une formation professionnelle, obligation de réparer les dommages causés par l'infraction même en l'absence de décision sur l'action civile, obligation de justifier de l'acquittement des sommes dues au trésor public, et à 15 000 euros d'amende, et a prononcé une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant dix ans, notamment pour proxénétisme aggravé, pour participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, certains faits ayant été commis en récidive. Enfin, le requérant a fait l'objet d'une nouvelle condamnation, le 30 octobre 2018, par le tribunal correctionnel de Paris à un mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points. Dans ces circonstances, en dépit de la présence en France de ses parents et de sa fratrie, compte tenu des agissements dont M. B s'est rendu coupable, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public, le préfet de police n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Le préfet de police n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

N. BELKACEMLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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