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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219044

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219044

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. A, représenté par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 août 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises par une autorité incompétente ;

- les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision de refus de titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure du fait de la méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dès lors que ce dernier ne mentionne pas les éléments de procédure, la durée prévisible du traitement, la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Algérie et qu'il n'est établi que le médecin instructeur n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé lié par l'avis du collège médical de l'OFII ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreur de droit dès lors que le préfet de police a omis d'examiner s'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur un autre fondement que celui invoqué et s'il pouvait être régularisé ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête ;

Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 30 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux article R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Keufak Tameze, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 21 mai 1970, et entré en France en dernier lieu le 24 décembre 2016 sous couvert d'un visa Schengen de type C, a sollicité le 25 février 2022 la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs médiaux. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00856 du 21 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C, cheffe du 9ème bureau compétent, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et expose de manière suffisante les circonstances de fait, en rappelant notamment les termes de l'avis du 20 juillet 2022 du collège médical de l'OFII, sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que M. A aurait dû être invité à présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté, que le préfet de police a procédé à un examen préalable de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui délivrer un certificat de résidence.

6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ". La procédure de délivrance des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " prévue par ces stipulations est régie par les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris pour l'application des dispositions équivalentes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'arrêté du 27 décembre 2016 les précisant. En vertu des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et de l'article 5 de cet arrêté, le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté : " Au vu du rapport médical (), un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / () ".

7. D'une part, il ressort de l'avis du 20 juillet 2022 au vu duquel le préfet de police s'est prononcé comme de son bordereau de transmission, que le collège médical de l'OFII l'ayant émis ne comptait pas en son sein le médecin ayant établi le rapport préalable. Par ailleurs cet avis, qui précisait que l'état de santé de M. A nécessitait un traitement dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mentionnait également, contrairement à ce que le requérant soutient, qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié son pays d'origine. S'il n'indiquait pas la durée prévisible du traitement, cette mention n'est exigée que dans le cas où l'intéressé ne peut suivre un traitement approprié dans son pays d'origine, ce qui n'était pas le cas en l'espèce. La circonstance que les cases relatives aux éléments de procédure n'aient pas été cochées au stade de l'élaboration de l'avis, ou ne l'aient pas toutes été au stade de celle du rapport, n'est pas, par elle-même, de nature à avoir privé l'intéressé d'une garantie ou à avoir exercé une influence sur le sens de l'avis. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure à raison de l'irrégularité de l'avis doit être écarté.

8. D'autre part, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège médical de l'OFII dans son avis du 20 juillet 2022 par lequel il ne s'est toutefois pas tenu lié, que si son état de santé de M. A nécessitait un traitement dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. S'il ressort des pièces du dossier que M. A est affecté de différentes pathologies, notamment visuelles et cardiaques, et s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % le 2 novembre 2021, il ne ressort toutefois d'aucun des documents médicaux produits par le requérant, qui ne prennent pas parti sur ce point, ou de ses indications d'ordre général sur les insuffisances du système de santé algérien, qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui doivent être regardées comme invoquées, doit être carté.

9. En sixième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet de police n'est pas tenu, en l'absence de stipulations expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord. Il n'est pas davantage tenu, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune stipulation expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, sans qu'il ressorte des pièces du dossier, en l'espèce, qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'y procéder.

10. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 8 sur la possibilité pour M. A de bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée en Algérie, de sa durée de présence de moins de six ans en France où il est entré à l'âge de quarante-six ans, et quand bien même il bénéficie de certains droits en raison de sa situation de handicap et son grand-père possédait la nationalité française, que le préfet de police, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En application de ces dispositions, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'a pas à comporter une motivation distincte en fait de celle de la décision de refus de titre de séjour, laquelle est suffisamment motivée ainsi qu'il a été précisé au point 3. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En troisième lieu, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

15. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de sa durée de présence de moins de six ans en France où il est entré à l'âge de quarante-six ans, que M. A pourrait bénéficier d'un certificat de résidence de plein droit, notamment au titre de sa " vie privée et familiale " en application du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien quand bien même son grand-père était de nationalité française. Par suite, et alors que le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet de police n'a pas usé de son pouvoir de régularisation, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

16. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 10, le préfet de police, en obligeant M. A à quitter le territoire français, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé

17. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

18. La décision comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, en exposant notamment que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité algérienne et qu'il n'établit qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine en particulier. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Keufak Tameze et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Koltcheva

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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