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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219287

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219287

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Opoki, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 aout 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente d'une nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- n'est pas suffisamment motivé ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. B qui rappelle que sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il s'occupe de son enfant mineur, scolarisé en France, qu'il voit tous les jours.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 23 avril 1988, est entré en France le 5 février 2020 selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice d'une protection internationale. Par une décision du 14 juin 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours introduit par M. B contre la décision en date du 3 septembre 2021 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 aout 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement et notamment que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté définitivement sa demande de protection internationale, qu'il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si M. B soutient qu'une protection internationale aurait dû lui être accordée du fait des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine du fait des menaces de persécutions auxquelles il serait exposé du fait de son choix de rejoindre la franc-maçonnerie, il ne verse au dossier aucun élément au soutien de ses affirmations alors que la demande d'asile qu'il a introduite en France était fondée sur les mêmes éléments de fait et qu'elle a été définitivement rejetée. Il y a lieu, dans ces conditions, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient

le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Si M. B produit l'acte de naissance d'un enfant né le 15 février 2021 à Paris et dont il serait le père, il ne verse au dossier aucun élément permettant de vérifier qu'il entretiendrait une relation avec cet enfant qu'il prétend voir tous les jours ni qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que son éloignement du territoire porterait atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 22 aout 2022. Il convient par conséquent de rejeter ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le Président,

E. ALe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2219287/8-

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