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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219368

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219368

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantHU-YEN-TACK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires complémentaires enregistrés les 18 septembre, 30 septembre, 13 octobre, 27 octobre et 9 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Hu-Yen-Tack, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'inexactitudes matérielles ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante indienne née le 7 janvier 1986 et entrée en France le 10 octobre 2016 munie d'un visa long séjour " étudiant ", a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité valable du 3 mai 2019 au 2 janvier 2022, dont elle sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 19 août 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de l'admettre au séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00856 du 21 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a expressément donné délégation à M. C, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de l'adjointe au chef du 6ème bureau, assurant les fonctions de chef de bureau par intérim, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'étaient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Enfin, cette délégation, qui est suffisamment précise, était autorisée par application des dispositions de l'article 77 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise et mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme A et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cet arrêté permet à Mme A de comprendre les motifs du refus de titre de séjour qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle Mme A avant de refuser de lui accorder un titre de séjour. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits, et notamment pas des formations techniques qu'elle a suivies à compter de l'année 2019, n'est pas de nature à établir en l'espèce un défaut d'examen ou l'existence d'inexactitudes matérielles.

5. En dernier lieu, termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme A, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifiait pas du caractère réel, sérieux et cohérent de ses études. A ce titre, il a relevé qu'après avoir obtenu un diplôme de " Créateur Concepteur de Mode " après deux ans d'études au titre des années universitaires 2016/2017 et 2017/2018 à l'Institut Français de la Mode, elle ne justifiait pas avoir suivi, faute de produire des relevés de note, et validé au titre des années universitaires 2019/2020 et 2020/2021 le cursus qu'elle avait entrepris à l'International Institute of Paris, en vue de la préparation en trois ans d'un diplôme en " Luxury Brand Management ", ni avoir validé au titre de l'année 2021/2022 son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de cordonnier bottier entrepris auprès des Compagnons du Devoir et du Tour de France, et qu'elle n'avait produit à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, pour l'année universitaire 2022/2023, qu'une attestation de préinscription à une formation professionnelle de vendeur conseil en magasin en " contrat de professionnalisation " auprès de l'école Stephenson formation, laquelle n'était pas définitive, n'était pas en lien avec ses études dans le domaine de la mode précédemment suivies et correspondait, tout comme son CAP, à un niveau inférieur à celui de son master atteint en 2018.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des relevés de notes produits pour les années scolaires 2019/2020 et 2020/2021 et de l'attestation rédigée le 30 septembre 2022 par le directeur de l'établissement, que, si Mme A a effectivement suivi à compter de l'année 2018/2019 une scolarité de trois ans pour l'obtention d'un Post Graduate Diploma in Management contrairement à ce qu'a retenu le préfet de police, à l'International Institute of Paris, elle n'en était pas pour autant diplômée à la date de l'arrêté dès lors qu'elle devait soutenir son mémoire à la fin de l'année 2022, quand bien même elle a rencontré des difficultés avec cet établissement. Il en va de même du CAP de cordonnier bottier entrepris au titre de l'année 2021/2022, dont elle ne justifie pas de l'obtention, pas plus que de celui du CAP " Métiers de la Mode -Vêtement Flou " entrepris par ailleurs par le biais de la validation des acquis de l'expérience à partir du mois de février 2022 et pour les épreuves duquel elle est convoquée pour le 5 décembre 2022 même si l'attestation du 22 février 2022 produite indique que la " probabilité " de l'obtention du diplôme est " très grande ". Enfin, et en tout état de cause, si Mme A est définitivement inscrite à compter du 1er septembre 2022 à une formation en alternance de " Vendeur conseil en magasin " sous le statut de contrat de professionnalisation pour l'année scolaire 2022/2023, elle ne conteste pas que cette formation correspond à un niveau inférieur à celui atteint en 2018, de même que celui du CAP, et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette formation soit suffisamment en lien avec celle de créatrice suivie initialement. Dans ces conditions, et quand bien même elle a suivi des stages et des formations techniques en lien avec la mode, le préfet de police, en estimant, à la date de son arrêté, qu'elle ne justifiait pas du caractère réel, sérieux et cohérent de ses études, ne peut être regardé comme ayant fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Tichoux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLa greffière,

A. Koltcheva

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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