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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219931

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219931

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, M. C A F demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre sous astreinte au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A F soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 27 de la directive 2004/38 du 29 avril 2004 et le 2° de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle viole l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle viole le droit à la libre circulation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Toure, avocat commis d'office, représentant M. A F, qui soutient en outre que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- Le préfet des Hauts-de-Seine, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant italien né le 8 janvier 2002, a fait l'objet le 24 septembre 2022 d'un arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par arrêté PCI n° 2022-078 en date du 31 août 2022 publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département le 1er septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. B E, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ainsi que les décisions prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige du 24 septembre 2022 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A F. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 : " () les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union (). Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ".

6. Lorsqu'elle entend prendre une mesure d'éloignement sur le fondement du 2° des dispositions précitées de l'article L. 251-1, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre et la sécurité publique, en application du 2° de l'article L. 251-1, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que M. A F a été interpelé quatre fois depuis 2018 pour des faits de détérioration et dégradations de biens le 21 février 2018, rébellion le 14 janvier 2022, usage de stupéfiants le 20 avril 2022, et violences aggravées avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 9 jours et dégradations volontaires le 23 septembre 2022, que ces faits ne sont pas contestés et que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France. Si le requérant soutient qu'il est arrivé en France en 2014 à l'âge de 13 ans accompagné de sa mère et de ses frères et sœurs, il ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire français depuis cette date comme cela sera démontré au point 9. De plus, l'intégration professionnelle dont il se prévaut ne peut être tenue pour établie par les seules fiches de paie des mois de février et mars 2022. Dans ces conditions, et eu égard notamment à la répétition et à la gravité des faits pour lesquels le requérant a été signalé, le préfet pouvait estimer que le comportement de M. A F constituait une menace suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et des dispositions du 2° l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 de ce même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ".

9. M. A F soutient que la décision litigieuse viole les dispositions précitées dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de cinq ans. Toutefois, si l'intéressé produit la copie d'un diplôme du brevet des collèges, délivré en juillet 2017, une convention de formation professionnelle pour l'année 2017-2018, un certificat de scolarité pour l'année 2018-2019 et des bulletins de paye pour les mois de février et mars 2022, ces éléments ne démontrent une présence ininterrompue sur le territoire français au cours des cinq dernières années. Par suite, il ne peut être regardé comme ayant acquis, en qualité de ressortissant européen, un droit au séjour permanent. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste serait entachée d'une violation de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Si M. A F se prévaut de sa présence en France depuis 2014, il ne démontre pas une présence ininterrompue sur le territoire français depuis cette date ainsi que cela a été exposé au point 9. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence en France de sa mère, de son frère et de ses deux sœurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Italie où réside son père. Il ne justifie pas d'avantage d'une intégration professionnelle et sociale significative par la production de deux fiches de paie. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire sans charge de famille et a commis des faits pénalement répréhensibles exposés aux points 7 et 14. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). ".

13. En premier lieu, l'arrêté vise et mentionne les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet des Hauts-de-Seine a fait application pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A F et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A F, il lui permet de comprendre les motifs de la décision qui lui est opposée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En second lieu, pour estimer qu'il y avait urgence à éloigner M. A F du territoire, le préfet s'est fondé sur la circonstance que ce dernier avait été interpelé quatre fois depuis 2018 pour des faits d'usage de stupéfiants, rébellion, détérioration et dégradations de biens et violences aggravées avec dégradations volontaires, et que ces derniers constituaient du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Si M. A F se prévaut de l'absence de condamnation pénale, il ressort du procès-verbal d'interpellation en date du 24 septembre 2022 que, l'intéressé a reconnu les faits de violence aggravée et sa participation à une rixe sur la voie publique dans la commune de Gennevilliers le 23 septembre 2022 au cours de laquelle il reconnait avoir assené des coups des poing au visage et derrière la tête de différents individus et porté un coup avec un morceau de verre porté au niveau de la joue et du cou. Au surplus, il ressort des fiches de mise en cause produites par le préfet que M. A F a déjà été interpellé pour des faits de détérioration et dégradations de biens, rébellion et usage de stupéfiants commis pour les deux derniers d'entre eux au cours de l'année 2022. Dans ces conditions, eu égard en particulier à la nature et au caractère récent des faits qui lui étaient reprochés, et quand bien même ces derniers n'ont donné lieu à aucune condamnation, et compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant qu'il y avait urgence à l'éloigner et en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

15. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la décision litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Sur la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En vertu de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 dispose que : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

17. En premier lieu, la décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé. Ainsi, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, quand bien même ses motifs ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, satisfait aux exigences des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a assorti l'obligation de quitter le territoire français d'une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an. Cette décision est motivée par la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française représentée par le comportement de M. A F. S'il se prévaut du droit à la libre circulation des citoyens européens, le requérant ne conteste pas que ce droit peut connaître des restrictions, notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace pour un intérêt fondamental de la société. Dès lors, les moyens tirés de la violation du droit à la libre circulation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A F doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Jugement rendu en audience publique le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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