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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2220053

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2220053

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2220053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2022, M. C E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 septembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre sous astreinte à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions des 2° et 3 de l'article L. 611-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus d'octroi de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfète du Val-de-Marne a produit des pièces, enregistrées le 4 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Toure, avocat commis d'office, représentant M. E ;

- et les observations de Me Capuano, avocat représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant ivoirien né le 16 octobre 2000, a fait l'objet le 15 septembre 2022 d'un arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. E. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; ".

6. M. E se prévaut d'une entrée sur le territoire français en 2011 et d'un séjour ininterrompu sur le territoire français à compter de cette date. Si la présence du requérant sur le territoire français est attestée par l'avis de la commission du titre de séjour relatif au retrait de son titre de séjour, laquelle relève à son encontre de nombreuses interpellations depuis mai 2015, et si le requérant produit des documents tels qu'une carte de séjour valable du 18 décembre 2019 au 17 décembre 2023 qui lui a été au demeurant retirée par une décision préfectorale du 28 mars 2022, une attestation du responsable de la mission locale de Sénart indiquant qu'il fait l'objet d'un suivi depuis décembre 2016, un contrat de parcours d'accompagnement daté du 7 août 2019, un relevé de livret jeune du mois de juillet 2020 et une convocation à la mission locale de Sénart le 31 mai 2021, ces éléments ne permettent pas à eux seuls de justifier ni d'une présence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, ni d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, pris en ses différentes branches.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si le requérant fait valoir que toutes ses attaches sont en France où il réside chez sa mère titulaire d'un titre de séjour et se prévaut de la présence en France de son frère et de ses cousins et cousines, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille alors que le préfet fait valoir à l'audience sans être contredit qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire où résident son père et cinq de ses frères et sœurs. En outre, si le requérant se prévaut d'une présence ininterrompue sur le territoire français depuis 2011, il ne l'établit pas ainsi que cela a été exposé précédemment. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il bénéficie d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 17 décembre 2023, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a procédé au retrait de ce titre de séjour par une décision du 28 mars 2022 motivée par la menace à l'ordre public que son comportement présentait. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné à une peine d'un an d'emprisonnement par le Tribunal correctionnel de Créteil le 11 octobre 2021 pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une ITT n'excédant pas 8 jours et à une peine de 3 mois d'emprisonnement par le Tribunal judiciaire de Créteil le 25 avril 2022 pour apologie publique d'un acte de terrorisme, ces faits caractérisant une menace pour l'ordre public par leur nature et leur caractère récent. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être rejeté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur la situation personnelle de M. E.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. Si M. E fait valoir que la préfète du Val-de-Marne ne caractérise nullement un risque de fuite, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé a été condamné à deux peines d'emprisonnement en octobre 2021 et avril 2022 pour un quantum de peine d'un an et trois mois. Dans ces circonstances, la préfète du Val-de-Marne a pu, pour ce seul motif, estimer établi, au regard du 1° l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision refusant un délai de départ volontaire doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. D'une part, contrairement à ce que prétend M. E, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-10, que la préfète du Val-de-Marne a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. La préfète a ensuite indiqué que M. E avait été a condamné à une peine d'un an et trois mois pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une ITT n'excédant pas 8 jours et apologie publique d'un acte de terrorisme, sa présence constituant un risque pour l'ordre public, que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables, éléments sur lesquels la préfète s'est fondée pour fixer à trois ans l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été opposée à M. E. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par la préfète du Val-de-Marne, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et d'un défaut d'examen préalable de la situation de M. E doivent dès lors être écartés.

17. En dernier lieu, eu égard aux circonstances indiquées plus haut, M. E ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, la préfète du Val-de-Marne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète du Val-de-Marne.

Jugement rendu en audience publique le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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