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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2220453

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2220453

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2220453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 28 juin 2022 portant refus d'autorisation provisoire de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :

- il n'est pas démontré que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il n'est pas démontré que les médecins ayant siégé étaient compétent pour rendre l'avis émis ;

- il n'est pas établi que les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ont été respectées ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée à l'égard de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 24 a) de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour ;

- le préfet de police, compte tenu de l'état de santé de son fils, ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 28 juin 2022 portant refus d'autorisation provisoire de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :

- il n'est pas démontré que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il n'est pas démontré que les médecins ayant siégé étaient compétents pour rendre l'avis émis ;

- il n'est pas établi que les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ont été respectées ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée à l'égard de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 24 a) de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour ;

- le préfet de police, compte tenu de l'état de santé de son fils, ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention relative aux droits des personnes handicapées signée à New York le 30 mars 2007 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Pluchet, représentant M. et Mme C,

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante tunisienne née le 9 mai 1972, est entrée en France régulièrement le 19 août 2020 munie d'un visa C à entrées multiples qui lui a été délivré par les autorités consulaires françaises à Tunis le 7 août 2020. Son époux, M. A C, ressortissant tunisien né le 8 mai 1966, est entré en France le 18 décembre 2019 selon ses déclarations. Le 20 janvier 2022, M. et Mme C ont sollicité du préfet de police qu'il leur délivre des autorisations provisoires de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour accompagner leur fils. Par deux arrêtés du 28 juin 2022 dont ils demandent l'annulation, le préfet de police a refusé de leur délivrer ces autorisations provisoires de séjour, les ont obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils étaient susceptibles d'être éloignés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus d'autorisations provisoires de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () /. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Aux termes de l'article R. 425-9 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / (). ".

6. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ".

7. Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () /. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

8. L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande d'autorisation provisoire de séjour pour accompagner un enfant malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'enfant et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

10. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces des dossiers que les médecins ayant signé l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été désignés par une décision du directeur général de l'Office du 1er octobre 2021.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les décisions litigieuses ont été prises après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 mai 2022 qui a été émis, conformément à l'article R. 425-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office qui n'a pas siégé au sein dudit collège et à l'issue d'une délibération dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas présenté de caractère collégial. En outre, cet avis comporte l'ensemble des mentions prévues à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13, R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021.

12. Enfin, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision. ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les signatures figurant sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 mai 2022 constitueraient des signatures électroniques au sens des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives. Par ailleurs, et en tout état de cause, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne constitue pas une décision, il n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées.

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

15. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions litigieuse ni des pièces des dossiers, que le préfet de police, qui s'est livré à un examen complet de la situation personnelle de l'enfant des requérants, se serait estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis du 17 mai 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser d'autoriser provisoirement M. et Mme C à séjourner en France et aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen particulier de leurs situations et de celle de leur enfant.

16. En troisième lieu, pour rejeter les demandes d'autorisations provisoires de séjour présentées par M. et Mme C, le préfet de police s'est notamment fondé sur l'avis du 17 mai 2022 par lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de leur enfant nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

17. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 auquel renvoi l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 cité au point 8, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

18. En l'espèce, les pièces des dossiers permettent au juge administratif d'apprécier l'état de santé de l'enfant de M. et Mme C sans que soit lever le secret relatif aux informations médicales le concernant, lequel, au demeurant, n'a pas été explicitement levé par les requérants

19. Il ressort des pièces des dossiers que l'enfant de M. et Mme C, né le 14 janvier 2007, présente un retard mental moyen sans trouble du comportement avec un mutisme sélectif et est atteint d'une anomalie très rare concernant un " nouveau gêne ". Le 23 décembre 2020, la Maison départementale des personnes handicapées de Paris lui a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 et 79%, a décidé d'une orientation vers un institut médico-éducatif pour la période du 15 décembre 2020 au 14 décembre 2022 et lui a octroyé une allocation d'éducation de l'enfant handicapé. Il ressort également des pièces du dossier que cet enfant est suivi par un centre médico-psychologique depuis le 29 mai 2020, a été scolarisé dans une section pour enfants allophones présentant des besoins spécifiques de septembre 2020 à décembre 2021 et est pris en charge, depuis le 3 janvier 2022, au sein d'un institut médico-éducatif.

20. M. et Mme C produisent plusieurs documents médicaux permettant d'établir que les troubles dont est atteint leur fils nécessitent la mise en place de soins pluridisciplinaires réguliers et intensifs, une prise en charge scolaire adaptée ou l'entrée dans un institut médicosocial, que la poursuite de sa prise en charge, qui lui a permis de gagner en confiance, en compétences cognitives et relationnelles, en estime de soi et en autonomie, est indispensable à son bon développement psychique et à l'acquisition de l'autonomie, et que l'interruption des soins en cours aurait un impact tout à fait négatif sur son évolution. Toutefois, ces seuls éléments, en l'absence d'indication notamment quant aux conséquences qu'entraînerait pour cet enfant un défaut de prise en charge médicale en France, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à établir que l'absence de continuité de sa prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il suit de là que les moyens tirés de ce que le préfet de police aurait méconnu les dispositions précitées et entaché ses décisions d'erreurs d'appréciation doivent être écartés.

21. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été précédemment relevé que la circonstance alléguée que le traitement médical dont l'enfant de M. et Mme C bénéficie ne serait pas disponible en Tunisie est sans incidence sur la légalité des décisions portant refus d'autorisations provisoires de séjour.

22. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées signée à New York le 30 mars 2007 " () Dans toutes les décisions qui concernent les enfants handicapés, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

23. Compte tenu de ce qui a été exposé aux points 16 à 20 du présent jugement, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus d'autorisations provisoires de séjour méconnaîtraient les stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

24. En sixième lieu, aux termes de de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ". Aux termes de l'article 51-1 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

25. En l'espèce, et alors, au demeurant, que la décision contestée ne met pas en œuvre le droit de l'Union européenne, d'une part, celle-ci n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant de M. et de Mme C de ses parents. D'autre part, il résulte de ce qui a été relevé aux points 16 à 20 qu'il n'est pas démontré qu'elle aurait pour effet de le priver des soins nécessaires à son bien-être. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées doit, en tout état de cause, être écarté.

26. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

27. Il ressort des pièces du dossier que, à la date des décisions litigieuses, M. et Mme C étaient présents sur le territoire français depuis moins de trois ans. S'ils se prévalent de la présence en France de leurs trois enfants, dont l'aînée qui bénéficie d'un titre de séjour délivré en qualité d'étudiante et dont la cadette, qui était scolarisée en classe de terminale, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit aux points 16 à 20 du présent jugement que l'absence de continuité de la prise en charge médicale aurait pour leur troisième enfant des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que l'un des frères de M. C réside en France, il n'est ni soutenu ni démontré qu'il y résiderait régulièrement alors que, en tout état de cause, ses deux autres frères et ses parents résident toujours en Tunisie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans au moins et où son épouse, qui ne se prévaut d'aucune autre attache familiale ni même amicale sur le territoire français, a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans et où résident sa mère et ses trois frères. Dans ces conditions, M. et Mme C ne démontrent pas qu'ils seraient isolés en cas de retour dans leur pays d'origine et qu'ils seraient dans l'incapacité d'y poursuivre leur vie personnelle et familiale. Il suit de là que le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris les décisions litigieuses et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

28. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00861 du 24 août 2021, publié le 25 août 2021 au recueil des actes administratifs spécial n°75-2021-429 de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à Mme F E, cheffe du 9ème bureau de la préfecture de police, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions relevant de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités nommément désignées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces arrêtés auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

29. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen soulevé par M. et Mme C, par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, et tiré de l'illégalité des décisions portant refus d'autorisations provisoires de séjour, doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

30. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 16 à 20 du présent jugement que les moyens tirés de ce que le préfet de police ne pouvait, compte tenu de l'état de santé de l'enfant des requérants, les obliger à quitter le territoire français et de ce que ces décisions seraient entachées d'erreurs manifestes d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions de refus d'autorisations provisoires de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés :

31. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen soulevé par M. et Mme C, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, et tiré de l'illégalité des décisions portant refus d'autorisations provisoires de séjour et obligations de quitter le territoire français, doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. et Mme C ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Duchon-Doris, président,

- M. Gandolfi, premier conseiller,

- Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 janvier 2023.

Le rapporteur,

G. D

Le président,

J-C. Duchon-Doris La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2220457/5-3

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