jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2220759 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | LACOSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 octobre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal la requête présentée par M. A D.
Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et un mémoire complémentaire enregistré le 24 octobre 2022, M. D, représenté par Me Lacoste, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu en méconnaissance des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est intervenu sans examen préalable de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile ait fait l'objet d'une décision de rejet ;
- elle viole les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas vérifié si ces circonstances humanitaires faisaient obstacle à son édiction ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas examiné sa situation au regard de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il ne fait valoir aucun moyen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F ;
- et les observations de Me Lacoste, qui conclut aux même fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que son entrée irrégulière sur le territoire français ne peut lui être opposée dès lors qu'il a présenté une demande d'asile, que la décision fixant son pays de renvoi est illégale dès lors qu'il provient de la région du Darfour, au Soudan, et qu'il encourt des risques de ce fait du fait de la situation sécuritaire qui y prévaut.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1998 ou le 1er janvier 2000, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français en mars 2021 avant de se rendre en Italie et d'y revenir à la fin de l'année 2021. Il a été interpellé le 13 octobre 2022, et, par un arrêté du 4 octobre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine du 4 octobre 2022 lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé son pays de renvoi en cas d'éloignement d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-073 du 21 juillet 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine du même jour, M. B E, adjoint au bureau des examens spécialisés et de l'éloignement à la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement et notamment les éléments propres à la situation personnelle de M. D. Par suite, il est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu en méconnaissance des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sont inopérants et doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à l'examen de la situation personnelle de M. D avant de prendre l'arrêté attaqué.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ".
7. En l'espèce, pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français et s'y était maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour, en relevant que l'intéressé était entré une première fois en France au mois de mars 2021, l'avait quittée le 1er décembre 2021 et y était entré une seconde fois à la fin de la même année, ce que le requérant ne conteste pas. M. D soutient toutefois qu'il ne pouvait faite l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile avait été définitivement rejetée et que son entrée irrégulière sur le territoire français ne pouvait lui être opposée dès lors qu'il avait sollicité une protection internationale et s'était présenté en préfecture pour en présenter encore une. S'il ressort des procès-verbaux de police du 3 octobre 2022 que M. D a présenté différentes demandes d'asile, sous des identités différentes, le requérant en mentionnant pas moins de dix-sept dans son procès-verbal d'audition, et qu'il entendait en présenter une nouvelle lorsqu'il a été interpellé à la préfecture de Nanterre, ces seuls éléments n'étaient pas par eux-mêmes, en l'absence de toute autre précision sur l'état de ses demandes, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué qu'il en aurait présenté formellement une à la suite de son interpellation, de nature à faire obstacle à ce que le préfet lui oppose son absence d'entrée régulière sur le territoire français à la fin de l'année 2021 pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 et décide, compte tenu de son maintien sans titre de séjour, de l'éloigner sur leur fondement.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. D, qui est entré en France à la fin de l'année 2021 de manière non contestée, est célibataire et sans enfant à charge et s'il invoque la présence d'une sœur sur le territoire, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir en tout état de cause. Par ailleurs, il n'allègue pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en prenant l'arrêté attaqué. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
10. En septième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ". Il ressort des termes de l'arrêté que pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il existait un risque de fuite en raison de ce qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. M. D n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ces éléments qui étaient de nature à justifier que lui soit accordé un délai de départ volontaire en application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En neuvième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
13. Si M. D allègue courir des risques en cas de retour au Soudan du fait de sa provenance de la région du Darfour, d'une part, il n'apporte aucun élément de nature à établir son origine, et, d'autre part, la seule circonstance, à la supposer même établie, qu'il provienne de cette région n'est pas, par elle-même, de nature à établir que sa vie ou sa liberté y serait menacée en dépit des violences qui peuvent s'y dérouler. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant son pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. En dixième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / () ". Compte tenu de ce qui a été exposé au point 13 précédent, M. D n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait la qualité de réfugié. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement prise à son encontre viole ces stipulations doit, en tout état de cause, être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine n'a vérifié si des circonstances humanitaires justifiaient qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prise à son encontre manque en fait et doit être écarté. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du même code en raison du refus d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet n'est pas tenu de prendre en compte les critères mentionnés au premier alinéa de cet article L. 612-10 qui ne concernant que la fixation de sa durée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
17.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 octobre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
H. FLa greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8-2
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01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026