lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2220892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 et 14 octobre 2022, Mme A F B, représentée par Me Bahic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris du 5 juillet 2022 en tant qu'il a refusé de l'admettre au bénéfice de la protection temporaire et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " ou une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à
Me Bahic, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus d'admission au séjour au titre de la protection temporaire n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 581-1 à L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 2 de la décision (UE) n 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- elle viole les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 581-3 et L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 5 et 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001 ;
- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- et les observations de Me Bahic, avocat de Mme B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante de la République du Congo née le 17 novembre 1997 et entrée en France le 3 mars 2022 selon ses déclarations, a sollicité le bénéfice de la protection temporaire sur le fondement de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022. Par un arrêté du 5 juillet 2022, le préfet de police a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté qu'il lui refuse son admission au séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par l'article 1er de l'arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour avec la mention " signé " qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, le préfet de police a donné délégation de signature à M. C D, préfet délégué à l'immigration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions nécessaires à l'exercice des missions fixées notamment par les articles R. 122-1 et R. 122-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté n° 2021-00355 du 26 avril 2021 relatif au préfet délégué à l'immigration et aux services de la préfecture de police placés sous sa direction pour l'exercice de ses attributions. En vertu notamment des 2° et 4° de l'article 2 de l'arrêté du 26 avril 2021 alors en vigueur, la délégation à l'immigration est chargée de la mise en œuvre des compétences du préfet de police en matière d'instruction et de délivrance des titres de séjour et d'éloignement. Dès lors,
M. D, bénéficiait d'une délégation de signature écrite, spéciale et régulièrement signée et publiée, pour signer tout acte relatif à l'entrée et au séjour des étrangers, comprenant l'admission au séjour au titre de la protection temporaire en application des dispositions des articles L. 581-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'éloignement en cas de refus. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de refuser de l'admettre au séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 581-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'entrée et le séjour en France des étrangers appartenant à un groupe spécifique de personnes bénéficiaires de la protection temporaire instituée en application de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les Etats membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil sont régis par les dispositions du présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 581-2 du même code : " Le bénéfice du régime de la protection temporaire est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire, fixant la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur et contenant notamment les informations communiquées par les Etats membres de l'Union européenne concernant leurs capacités d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 581-3 de ce code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire (). ".
5. Aux termes de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire, relatif aux personnes auxquelles s'applique la protection temporaire : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; / b) les apatrides, et les ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui ont bénéficié d'une protection internationale ou d'une protection nationale équivalente en Ukraine avant le 24 février 2022 ; et, / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / () / 4. Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : / a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers ; / b) les enfants mineurs célibataires d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou de son conjoint, qu'ils soient légitimes, nés hors mariage ou adoptés ; / c) d'autres parents proches qui vivaient au sein de l'unité familiale au moment des circonstances entourant l'afflux massif de personnes déplacées et qui étaient alors entièrement ou principalement à la charge d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b). ".
6. Pour refuser de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'était pas titulaire d'un titre de séjour permanent délivré par les autorités ukrainiennes et ne pouvait donc prétendre au bénéfice des dispositions du 2 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du 4 mars 2022. La requérante, qui ne conteste pas ce motif, soutient qu'elle entre dans le champ du c) du 1 de cet article 2 en sa qualité de membre de famille d'un ressortissant ukrainien au sens du 4 du même article, dès lors qu'elle est la mère d'une enfant, née le 18 février 2022 à Kiev, de nationalité ukrainienne. Toutefois, à supposer même que l'enfant, dont le père est congolais, soit de nationalité ukrainienne, et que la requérante puisse être regardée comme un parent proche au sens du c) du 4 de l'article 2 de la décision d'exécution, Mme B n'était pas à la charge de sa fille. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune des dispositions de la décision d'exécution du 4 mars 2022, ni d'aucune autre, que le parent d'une enfant ukrainienne, à supposer même que cela soit le cas s'agissant de la fille de Mme B, aurait droit, en cette seule qualité, au bénéfice de la protection temporaire. Par suite, en refusant l'admission au séjour de Mme B, le préfet de police n'a pas méconnu l'article 2 de la décision (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, ni les articles L. 581-1 à L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 581-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans les conditions fixées à l'article 7 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, peuvent bénéficier de la protection temporaire des catégories supplémentaires de personnes déplacées qui ne sont pas visées dans la décision du Conseil prévue à l'article 5 de cette même directive, lorsqu'elles sont déplacées pour les mêmes raisons et à partir du même pays ou de la même région d'origine. Les dispositions des articles L. 581-3 à L. 581-6 sont applicables à ces catégories supplémentaires de personnes. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 7 de la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2011 : " 1. Les États membres peuvent faire bénéficier de la protection temporaire prévue par la présente directive des catégories supplémentaires de personnes déplacées qui ne sont pas visées dans la décision du Conseil prévue à l'article 5, lorsqu'elles sont déplacées pour les mêmes raisons et à partir du même pays ou de la même région d'origine. Ils en informent immédiatement le Conseil et la Commission. ".
8. Mme B ne peut utilement soutenir que le préfet de police a commis une erreur de droit en s'abstenant de faire usage du pouvoir de régularisation qu'il tenait des dispositions de l'article L. 581-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que celles-ci n'ont pas été mises en œuvre par la France dans les conditions prévues par l'article 7 de la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2011.
9. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
11. Si la requérante allègue qu'elle serait, en cas de retour en République du Congo, en situation d'isolement et sans ressources, il ressort des pièces du dossier, notamment de la note sociale en date du 9 septembre 2022, que Mme B est isolée sur le territoire français, où elle n'était présente que depuis environ quatre mois à la date de l'arrêté attaqué, n'y dispose d'aucun revenu et elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a pu estimer que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et refuser de l'admettre au séjour sur ce fondement.
12. En dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
13. A supposer même que la fille mineure de Mme B soit de nationalité ukrainienne, cette seule circonstance et celle qu'elle soit accueillie en crèche et qu'elles disposent en France d'un hébergement, ne sont pas de nature à faire regarder la décision, qui n'a pas pour objet, ni pour effet au vu des pièces du dossier, de séparer l'enfant de sa mère, comme portant une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en violation des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 13, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
15. En deuxième lieu, l'arrêté vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel la décision portant obligation de quitter le territoire est fondée, à l'exclusion de l'article L. 581-8 du même code compte tenu de ce qui sera précisé au point 17, et comporte les considérations de faits qui constituent le fondement du refus d'admission au bénéfice de la protection temporaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " L'étranger exclu du bénéfice de la protection temporaire ou qui, ayant bénéficié de cette protection, cesse d'y avoir droit, et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 581-5 du même code : " Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivants : / 1° Il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'il ait pu commettre un crime contre la paix, un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un crime grave de droit commun commis hors du territoire français, avant d'y être admis en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire, ou qu'il s'est rendu coupable d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies ; / 2° Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. ".
17. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas été exclue du bénéfice de la protection temporaire, au sens des dispositions de l'article L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni été bénéficiaire de cette protection, laquelle aurait cessé. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 581-8 du même code, pas plus que de celle des dispositions de l'article L. 581-3 dont elle ne remplit pas les conditions.
18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en violation des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 14 à 18, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / (). ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Il résulte de ces dispositions que la décision, qui fixe au délai de droit commun de trente jours le délai dans lequel Mme B doit quitter le territoire français, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière.
21. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté, que le préfet de police se serait tenu de fixer à trente jours le délai de départ volontaire donné à Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
22. En dernier lieu, la seule circonstance que Mme B soit mère d'une enfant mineure et ait été contrainte de fuir l'Ukraine dans l'urgence, et alors qu'elle n'apporte aucun élément de nature à établir son absence d'attache en République du Congo, ne sont pas de nature à établir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des dispositions du deuxième aliéna de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, transposant l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, en ne lui accordant pas, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F B, au préfet de police de Paris et à Me Bahic.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président ;
- M. Hémery, premier conseiller ;
- Mme Tichoux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 19 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
H. E
L'assesseur le plus ancien,
D. HémeryLa greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026