mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2221057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 octobre 2022, enregistrée le 7 octobre 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par la société Air Space Drone.
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 15 septembre 2022, le 17 mai 2023 et le 20 juin 2023, la société Air Space Drone, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les contrats conclus respectivement entre l'Etat et le groupement Clearance-Thales, entre l'Etat et le groupement Innov'ATM-Thales, entre l'Etat et le groupement Clearance-Innov'ATM, entre l'Etat et le groupement Thales-Atechsys et entre l'Etat et le groupement Clearance-Involl, correspondant aux cinq lots des marchés des étapes n° 2 et n° 3 du programme " U-Space " relatif à la gestion du trafic aérien de drones ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 29 mars 2022 par laquelle il a rejeté sa candidature pour l'attribution de ces contrats, ensemble cette décision ;
3°) d'annuler la décision du 5 janvier 2023 par laquelle le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a déclaré sans suite la procédure de passation de ces contrats en raison d'un refus de visa de l'autorité de contrôle de légalité ;
4°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les contrats en litige ont fait l'objet d'un début d'exécution ;
- la décision de rejet de sa candidature était insuffisamment motivée ; elle n'a pas eu communication des motifs de ce rejet ou de ceux ayant conduit à l'attribution des notes qu'elle a reçues malgré des demandes en ce sens ; les caractéristiques et avantages des offres retenues ne lui ont pas été communiquées assorties des motifs permettant d'apprécier le classement retenu ;
- ces irrégularités ont porté atteinte au principe d'égalité entre les candidats ; il y a également été porté atteinte dans la mesure où elle n'a bénéficié que d'un temps de présentation d'une heure commun aux deux étapes, contrairement à ses concurrentes, qui ont eu deux heures ;
- la méthode de notation retenue est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, a manqué de transparence et a eu pour effet de favoriser les attributaires, en témoigne le fait que ces dernières ont eu des notes proches de la perfection et meilleures aux siennes sur tous les critères ; le résultat des notes présenté dans la décision du 29 mars 2022 était par ailleurs erroné car calculé sur 91,5 et non 100 ; enfin, deux des critères était de nature à favoriser les candidates ayant été retenues à l'étape 1 du projet, ce qui était le cas de ses concurrentes ;
- l'administration a effectué une répartition des lots qui n'était pas équitable pour le secteur économique national, en méconnaissance de l'article 14 du règlement de la consultation, ce dont il résulte un abus de position dominante au profit des attributaires ;
- l'administration a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation concernant l'application des critères de jugements des offres ; d'une part, les notes retenues pour les étapes 2 et 3 correspondant au critère du calendrier de déploiement des services ont été sous-évaluées étant donné que les services qu'elle proposait étaient immédiatement opérationnels ; l'administration s'est d'ailleurs abstenue, malgré une demande en ce sens, de préciser quelles étaient les délais d'exécution proposés par les attributaires, qui ont obtenu des notes supérieures ; d'autre part, elle a obtenu des notes trop basses pour les critères relatifs au modèle économique alors que durant la réunion de présentation, sa candidature était financièrement bien placée ;
- la procédure a méconnu les principes de la liberté de commerce et de l'industrie et de la libre concurrence dès lors que seules pouvaient être attributaires pour les étapes 2 et 3 des entreprises attributaires de l'étape 1 du projet et que leur attribution des marchés des étapes 2 et 3 renforcent encore leur position dominante sur le marché concurrentiel ; elle subit de ce fait des préjudices de réputation et financier ; il en résulte une atteinte à la liberté d'entreprendre ;
- la décision de déclaration sans suite de la procédure est entachée d'un vice de procédure dès lors que les motifs de cette décision ne lui ont pas été communiqués dans les plus brefs délais, en méconnaissance de l'article R. 2185-2 du code de la commande publique ; elle est insuffisamment motivée et n'indique notamment pas si la déclaration sans suite a été décidée pour infructuosité ou pour motif d'intérêt général ; elle n'est pas assortie du rapport de l'autorité de contrôle ayant refusé de donner son visa ; au demeurant un tel motif n'est pas suffisant pour déclarer sans suite la procédure ; la décision n'indique pas la dénomination générique des vices ayant été relevés pour justifier la déclaration sans suite pour motif d'intérêt général ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à la liberté d'entreprendre.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 avril 2023 et le 19 juin 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, représenté par Me Briec, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Air Space Drone une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la procédure de passation a été déclarée sans suite le 5 janvier 2023, de sorte qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions en contestation de validité des contrats et sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de rejet de la candidature de la requérante ;
- la requérante n'a pas intérêt à agir pour contester la décision de déclarer sans suite la procédure de passation dès lors qu'elle n'avait pas été retenue ; ces conclusions sont en outre tardives dès lors qu'un avis de non-attribution a été publié au Journal officiel de l'Union européenne et au bulletin officiel des marchés publics le 6 janvier 2023 ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la SAS Clearance conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aucun contrat n'a été conclu au terme de la procédure de passation ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, la société Innov'ATM conclut au non-lieu à statuer.
Elle fait valoir que la procédure de passation a été déclarée sans suite le 5 janvier 2023.
La requête a été communiquée aux sociétés Atechsys, Involi et Thales LAS France le 19 octobre 2022.
Une mise en demeure a été adressée le 3 avril 2023 aux sociétés Atechsys, Involi et Thales LAS France.
Les sociétés Atechsys, Involi et Thales LAS France n'ont pas produit de mémoire en défense.
Le tribunal a informé les parties, conformément aux dispositions de l'article
R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions en contestation de validité des contrats conclus par l'Etat, en l'absence de signature de tels contrats, et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision du 5 janvier 2023 déclarant sans suite la procédure de passation, faute d'intérêt à agir de la société Air Space Drone, dont l'offre n'avait pas été retenue.
Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, la société Air Space Drone a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- les observations de Me Pelgrin, représentant la société Air Space Drone,
- et les observations de Me Leconte, représentant le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Considérant ce qui suit :
1. La direction des services de la navigation aérienne (DSNA) de la direction générale de l'aviation civile du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a publié un avis de marché le 15 septembre 2021 pour l'attribution de deux marchés publics de services de recherche et développement correspondant aux étapes n° 2 et n° 3, respectivement en trois et en deux lots, du programme " U-Space ", relatif à la gestion du trafic aérien de drones. Par courrier du 29 mars 2022, la DSNA a informé la société Air Space Drone que sa candidature à l'attribution des cinq lots avait été rejetée. Cette dernière a formé un recours hiérarchique le 9 mai 2022 et un recours gracieux le 13 mai 2022 contre cette décision. Par une décision du 5 janvier 2023, la procédure d'attribution des différents lots des deux marchés a été déclarée sans suite. La société Air Space Drone demande l'annulation, d'une part, des contrats attribués par l'Etat pour chacun de ces cinq lots, d'autre part, de la décision du 29 mars 2022 et de la décision par laquelle le directeur de la DSNA a rejeté son recours gracieux contre cette décision et, enfin, de la décision du 5 janvier 2023 déclarant sans suite la procédure de passation des contrats.
2. En premier lieu, les conclusions tendant à la contestation de la validité des contrats conclus par l'Etat pour chacun des cinq lots correspondant aux étapes n° 2 et 3 du programme " U-Space " sont irrecevables dès lors qu'aucun de ces contrats n'a été signé en conséquence de la déclaration sans suite de la procédure d'attribution. Si la société Air Space Drone soutient que ces contrats ont néanmoins fait l'objet d'un début d'exécution, les éléments qu'elle produit au soutien de ses allégations se rapportent à des contrats qui auraient été conclus directement entre ses concurrentes et différents aéroports, notamment Bâle-Mulhouse, Nantes, Poitiers et Nice, et qui présentent donc une nature distincte de ceux, qui n'ont pas été signés, dont elle conteste la validité. Ces conclusions doivent donc être rejetées comme irrecevables.
3. En deuxième lieu, il est constant que la procédure de passation dans le cadre de laquelle la candidature de la société Air Space Drone a été rejetée a finalement été déclarée sans suite par décision du 5 janvier 2023, à la suite de quoi le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a publié un nouvel avis d'appel d'offres le 11 avril 2023. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision de rejet de sa candidature du 29 mars 2022 sont devenues sans objet, ainsi que le fait valoir le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Il en va de même de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision.
4. En troisième lieu, à supposer que la société Air Space Drone ait entendu demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2023 déclarant sans suite la procédure de passation des cinq lots correspondant aux étapes n° 2 et 3 du programme " U-Space ", de telles conclusions sont irrecevables dès lors que la requérante, dont la candidature avait été rejetée antérieurement, ne justifie pas d'un intérêt direct et certain à contester cette décision.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Air Space Drone demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre à la charge de la société Air Space Drone le versement à l'Etat d'une somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Air Space Drone tendant à l'annulation de la décision du 29 mars 2022 ayant rejeté sa candidature pour l'attribution des contrats correspondant aux étapes n° 2 et n° 3 du programme " U-Space " et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Air Space Drone est rejeté.
Article 3 : La société Air Space Drone versera à l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Air Space Drone, au ministre la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la SAS Clearance, à la société Innov'ATM, à la société Atechsys, à la société Involi et à la société Thales LAS.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
N. Amat
La greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026