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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221147

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221147

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pafundi de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande de réexamen n'était pas une manœuvre dilatoire et qu'une procédure est actuellement pendante devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant son pays de renvoi viole les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la substitution des dispositions du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du c) du 2° du même article sur lesquelles le préfet de police s'est fondé ;

- les observations de Me Da Costa, se substituant à Me Pafundi, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, qu'il n'y a pas lieu de procéder à cette substitution de base légale et qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile le 27 octobre 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né le 25 décembre 1993 et entré en France le 13 décembre 2019 selon ses déclarations, a sollicité le bénéfice de la protection internationale. A la suite la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet de police, par un arrêté du 27 septembre 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ; / 2° Lorsque le demandeur : / () / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / (). ". Aux termes de l'article L. 531-32 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". En vertu du dernier alinéa de cet article L. 531-42, l'Office peut prendre une décision d'irrecevabilité lorsque, à la suite d'un examen préliminaire, il conclut que les faits ou éléments nouveaux présentés par le demandeur n'augmentent pas de manière significative la probabilité que ce dernier justifie des conditions requises pour prétendre à une protection.

3. Il ressort de la fiche " Telemofpra ", dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 31 août 2021 contre laquelle il a formé un recours qui a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2022. Il a saisi l'OFPRA d'une demande de réexamen qui a été rejetée par une décision d'irrecevabilité en date du 27 juillet 2022, notifiée le 16 août 2022, contre laquelle il a formé un recours. Il ressort des termes de l'arrêté que, pour estimer que l'intéressé n'avait plus le droit se maintenir sur le territoire et pour l'obliger à quitter celui-ci, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que sa demande de réexamen avait revêtu un caractère dilatoire dès lors qu'elle avait été rejetée pour irrecevabilité et que de ce fait le recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'avait pas de caractère suspensif. S'il s'est ainsi fondé sur les dispositions du b) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la seule circonstance que l'OFPRA ait estimé que la demande d'asile de M. A était irrecevable faute de satisfaire aux conditions prévues par article L. 531-42, n'était toutefois pas, par elle-même, de nature à la faire regarder comme présentée uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement au sens de ces dispositions. Par suite, le préfet de police a entaché sa décision d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 27 septembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant à trente jours son délai de départ volontaire et fixant son pays de renvoi d'office à l'issue de ce délai.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme à Me Pafundi au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 27 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police de Paris et à Me Pafundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. CLa greffière,

R. Boudina

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8-2

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