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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221170

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221170

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantGHARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022 M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de

24 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé et dépourvu d'un examen de sa situation particulière ;

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a bien entendu demander l'asile ;

- elle est dépourvue de base légale, il aurait dû faire l'objet d'une décision de réadmission sur le fondement des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire et son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle méconnaît le principe du non-refoulement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, il dispose d'un hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il peut se prévaloir de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

Des pièces enregistrées les 13 et 24 octobre 2022 ont été produites par le préfet de police.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme A,

- Les observations de Me Gharbi, avocat commis d'office représentant M. B, assisté d'un interprète en langue peul, qui reprend à l'audience les moyens de sa requête et soutient en outre qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, n'ayant pas été condamné pour sa consommation de stupéfiants,

- Et les observations de Me Floret, avocat représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et notamment que le comportement de requérant constitue une menace pour l'ordre public, étant défavorablement connu des services de la police pour agression sexuelle en étant d'ébriété et agression.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen né le 20 juin 1985 est entré en France en 2018, selon ses déclarations afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du système EURODAC lors de l'examen de sa demande d'asile du 26 janvier 2021 a révélé que M. B avait sollicité l'asile auprès des autorités italiennes. Par une décision

du 6 avril 2021 il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes. M. B n'a pas exécuté la décision. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme E C, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne les différents éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, sa nationalité, sa situation au regard de son droit au séjour et la circonstance qu'il a été signalé par les services de police pour usage et détention de stupéfiants, qu'il représente une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire national au visa des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour prendre l'arrêté attaqué. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'examen de sa situation personnelle et de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B été interpellé et placé en garde à vue le 8 octobre 2022 pour des faits d'usage et de détention de stupéfiants et qu'à cette occasion, les services de police ont constaté qu'il était dépourvu de document de voyage et qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. M. B fait valoir que la France est responsable de sa demande d'asile depuis le 10 septembre 2022 et qu'il avait l'intention de déposer une demande d'asile. Toutefois, M. B n'établit pas avoir sollicité vainement du préfet de police l'examen de sa demande d'asile postérieurement au

10 septembre 2022, pas plus qu'il aurait manifesté, contrairement à ses affirmations, lors de son audition par les services de police sa volonté de solliciter l'asile, ni même demandé l'asile en rétention. Par suite, le préfet a pu sans commettre d'erreur de droit obliger M. B à quitter le territoire national.

5. En deuxième lieu, M. B fait valoir que sa situation entrait dans les prévisions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, ce moyen est infondé et doit être écarté comme tel.

6. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que dites précédemment, le préfet n'a pas méconnu le principe de non-refoulement.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, lors de son audition par les services de police le 9 octobre 2022, a été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire, en particulier sur sa situation maritale, son lieu de résidence et son activité professionnelle, et a été invité à formuler des observations sur sa situation irrégulière en France et sur une éventuelle mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe général du droit d'être entendu, ou de la méconnaissance du principe de contradictoire doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli ;

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/

5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. B a été signalé par les services de police le 8 octobre 2022 pour usage et détention de stupéfiants et qu'il est défavorablement connus de ces mêmes services pour recel de bien provenant d'un vol, de vente à la sauvette, de refus de se soumettre aux modalités de transport ou obligations sanitaires nécessaires à l'exécution d'office d'une décision d'éloignement et d'agression sexuelle en état d'ivresse. Le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il existe un risque qu'il se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'intéressé ne s'étant pas conformé à la décision de transfert en Italie et il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. M. B fait valoir qu'est bien au nombre des étrangers à qui le préfet de police peut refuser le délai de départ volontaire sur le fondement du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. D'autre part, si M. B indique bénéficier d'un hébergement stable depuis

août 2020, il n'a pas présenté de documents de voyage en cours de validité et au demeurant

le préfet de police a également fondé sa décision sur le 1°) de L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code.

13. En troisième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, la décision litigieuse n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

Sur le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli ;

15. En second lieu aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée ;

16. M. B qui n'indique pas les motifs pour lesquels il se trouverait exposé à un risque réel pour sa personne et n'est pas fondé à soutenir qu'il serait personnellement à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de

la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. En outre, il ne ressort pas de la décision attaquée qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli ;

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

19. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet s'est prononcé sur les quatre critères prévus par les dispositions précitées et qu'il en explicite les motifs qu'il a retenu pour fonder son appréciation. Par suite il est suffisamment motivé.

20. En troisiéme lieu, si M. B fait valoir qu'il peut se prévaloir de circonstances humanitaires notamment parce qu'il craint pour sa vie et son intégrité physique dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément circonstancié pour l'établir, alors que son comportement représente bien une menace pour l'ordre public, qu'il n'établit pas la durée de séjour dont il se prévaut, ne fait état d'aucun lien personnel suffisamment fort avec la France et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, M. B n'établit pas qu'il peut se prévaloir de circonstance humanitaire ou que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejeté dans toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022 .

La magistrate désignée,

S. ALa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2221170/8

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