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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221541

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221541

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2022, M. D F C, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée

de 24 mois et l'a signalé aux fins de non-réadmission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-réadmission dans le système d'information Schengen dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées et dépourvues d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû faire l'objet d'une remise ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du refus de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ses garanties de représentation sont suffisantes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- il ne lui a pas été demandé s'il souhaitait être éloigné aux Pays-Bas ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'a pas tenu compte de sa durée de séjour en France et il n'a fait l'objet d'aucune décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, il ne représente pas une menace pour l'ordre public et sa vie privée et familiale est en France ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces enregistrées le 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Edert en application de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Edert,

- Les observations de Me Fournier avocate représentant M. C, qui demande en outre au tribunal de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-réadmission dans le système d'information Schengen dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et soutient que sa famille est présente à l'audience et que compte tenu des circonstances de l'espèce, M. C peut se voir délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ;

- Et les observations de Me Floret avocate représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que le requérant trouble l'ordre public, ayant été appréhendé précédemment pour des faits de vol ; qu'il a quitté la France depuis deux ans et qu'il n'a jamais manifesté sa volonté d'être éloigné aux Pays-Bas et n'a jamais produit son titre de séjour néerlandais.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F C, ressortissant sénégalais né le 4 mars 1992 est entré 2010 en France, sous couvert d'un titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 14 octobre 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois. M. C, demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C, est entré en France en 2010 à l'âge de 18 ans sous couvert d'un titre de séjour étudiant, puis d'un titre de séjour " talent - travailleur qualifié " valable du 7 décembre 2017 au 6 décembre 2021 et s'y est maintenu depuis cette date, à l'exception d'un séjour de trois mois pour le compte de la société Avanade qui l'employait comme analyste depuis le 8 juillet 2017. M. C a indiqué ainsi que cela ressort du procès-verbal d'interpellation, dont il n'apparait pas qu'il ait été informé de ce que le préfet de police envisageait de lui faire obligation de quitter le territoire français, son entrée régulière en France à l'âge de 18 ans et non de 22 ans comme indiqué par le préfet, soit une durée de séjour de douze ans en France, dont onze en situation régulière, son niveau d'études, la présence en France de sa famille de nationalité française et présente à l'audience chez lequel il réside depuis son retour des Pays-Bas. La circonstance qu'il ait développé une addiction à la cocaïne, pour laquelle il est suivi par un psychiatre depuis mars 2022 ne peut le faire regarder comme présentant une menace pour l'ordre public. Compte tenu de tous ces éléments et notamment de sa durée de séjour en France, il est fondé à soutenir qu'il a transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et que le préfet de police, en l'obligeant à quitter le territoire français a porté à son droit à mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but qu'il poursuivait en prenant une telle décision.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée ainsi que les décisions du même jour lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdisant le retour sur le territoire national pour une durée de 24 mois sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation qui vient d'être prononcée implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : Les arrêtés du préfet de police du 14 octobre 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : L'Etat versera à M. C la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D F C et au préfet de police.

Décision rendue en audience publique le 4 novembre 2022.

La magistrate désignée,

S. EdertLa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2221541/8

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