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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221698

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221698

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221698
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, Mme D représentée par Me Fenze demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dès lors qu'elle a perdu le bénéfice de son contrat d'alternance du fait de l'expiration de son titre de séjour " étudiant " le 14 octobre 2022, que sa formation est compromise et qu'elle ne parvient pas à enregistrer sa demande de renouvellement suite à un problème technique du site de la préfecture de police ;

- le refus de lui délivrer un récépissé méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit de travailler.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 19 octobre 2022 :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Fenze, avocat de Mme B, présente, qui précise que celle-ci réside à Paris et que le tribunal administratif de Paris est donc compétent pour connaître de sa requête et le préfet de police, à qui le dossier a été transmis par la préfecture de la Haute-Vienne, est compétent pour renouveler son titre de séjour ;

- les observations de Me Floret, avocat du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le tribunal administratif de Paris est incompétent pour connaître de celle-ci dès lors que Mme B réside à Limoges et que le préfet de police n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors qu'il n'a pas été saisi d'une demande de titre de séjour présentée par l'intéressée en l'absence de changement d'adresse.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 7 août 1998, est entrée en France le 3 septembre 2019, sous couvert d'un visa de type D délivré par les autorités consulaires de France à Douala, afin de poursuivre ses études à l'université de Limoges. Elle a bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 14 octobre 2022. Elle a obtenu un diplôme de licence en juin 2022 et s'est inscrite à l'Ecole supérieure de gestion de Paris au titre de l'année 2022/2023 en vue de la préparation d'un master 1 en marketing digital en alternance. Elle a signé un contrat d'apprentissage à cette fin avec la société Aftral services, qui prend en charge le coût de la formation pour la période du 4 octobre 2022 au 3 octobre 2024. Faisant valoir que pour des raisons techniques elle ne parvient pas à déposer sur la plateforme de la préfecture de police une demande de renouvellement de son titre de séjour et à obtenir un récépissé de demande, et que son contrat d'apprentissage a été résilié à compter du 14 octobre 2022, ce qui remet en cause sa formation, elle demande au juge des référés d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En outre, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Aux termes de l'article R. 522-8-1 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance. ". Aux termes de l'article R. 312-8 du même code : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ". Enfin, aux termes de l'article R. 221-3 de ce code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : / () Limoges : () Haute-Vienne ; / (). ".

4. Il résulte du courriel adressé par Mme B à la préfecture de la Haute-Vienne le 12 octobre 2022, que celle-ci a déclaré, en réponse à l'information selon laquelle son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour était transféré à la préfecture de police de Paris, que si son école était à Paris, elle avait " choisi l'option de suivre les cours à distance ", qu'elle s'y rendrait seulement trois fois dans l'année pour les examens et que " [s]on adresse de résidence est à Limoges " où elle a précisé se trouver. Ce courriel, dont les termes sont dénués d'ambiguïté, est postérieur à la signature, le 28 septembre 2022, de son contrat de travail comme " assistant rédacteur web ", de son contrat d'apprentissage et de la convention de formation où figure une adresse à Paris, qui est celle mentionnée dans l'attestation d'hébergement établie le 17 septembre 2021, sans qu'aucun élément ne vienne corroborer sa résidence effective dans cette ville. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que Mme B réside à Limoges, dans le département de la Haute-Vienne. Par suite sa demande, qui met en cause l'exercice de son pouvoir de police par le préfet de police de de Paris, relève de la compétence du tribunal administratif de Limoges.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B par application des dispositions de l'article R. 522-8-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de police de Paris et à la préfète de la Haute-Vienne pour information.

Fait à Paris, le 20 octobre 2022.

Le juge des référés,

H. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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