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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221905

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221905

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 20 octobre et 2 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 18 octobre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ni d'une procédure contradictoire lui permettant de présenter ses observations ;

- est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ses énonciations, il est titulaire d'un passeport valable jusqu'au 22 janvier 2025, il est entré régulièrement en France et un de ses frères réside en France ;

- est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'il est titulaire d'un passeport valable jusqu'au 22 janvier 2025, qu'il est entré régulièrement sur le territoire national et qu'un de ses frères réside en France ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ni d'une procédure contradictoire lui permettant de présenter ses observations ;

- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et qu'elle méconnaît par suite le secret de l'enquête et la présomption d'innocence ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors notamment qu'il ne présente aucun risque de fuite et justifie de garanties de représentations sérieuses ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2022, en présence de Mme Agricole, greffière d'audience :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Sauvadet, représentant M. C, qui persiste dans ses conclusions initiales avec les mêmes moyens.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision attaquée pouvait être fondée sur les dispositions de l'article

L. 611-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 14 août 1994 à Akbou en Algérie, entré en France le 18 novembre 2019, demande l'annulation des arrêtés du 18 octobre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (). ".

3. Le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et dépourvue de fondement légal dans la mesure où, contrairement à ce qu'elle mentionne, il est entré régulièrement en France et est titulaire d'un passeport valable jusqu'au 22 janvier 2025 et que, par suite, les dispositions du 1° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étaient pas applicables.

4. Lorsqu'il constate toutefois que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressée ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prise. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. En l'espèce, si le requérant justifie être entré régulièrement en France le

15 novembre 2019, il ressort des pièces du dossier que le visa Schengen, qu'il s'est vu délivrer à son arrivée en Allemagne le 15 novembre 2019, expirait le 3 décembre 2019. A la date de la décision contestée, le requérant était donc titulaire d'un visa déjà expiré et n'était pas titulaire d'un titre de séjour. Ainsi, la décision contestée est susceptible de trouver son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles du 1° dès lors, d'une part, que le requérant se trouvait, à la date de la décision contestée, dans la situation où en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait l'obliger à quitter le territoire français, d'autre part, que cette substitution de base légale n'a pour effet de le priver d'aucune garantie et, enfin, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Les parties ayant été mises à même, au cours de l'audience publique, de faire valoir leurs observations, il y a lieu de procéder à cette substitution. Par ailleurs, la décision contestée comporte l'énoncé des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle du requérant, celui-ci se déclarant célibataire et sans enfant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il entendait se prévaloir, et notamment ceux mentionnés dans le procès-verbal lors de son arrestation. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une motivation insuffisante n'est pas fondé et doit être écarté. Le moyen tiré du défaut de base légale doit, également, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté litigieux, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de de M. C.

7. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort du procès-verbal d'audition par les forces de l'ordre en date du

18 octobre 2022 qu'il a pu faire valoir l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle en France et qu'il a été informé de la possibilité qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre, soutenant notamment avoir l'intention de retourner en Algérie dans une telle hypothèse. De surcroît, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement, ni même, au demeurant, qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. C soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ses énonciations, il est titulaire d'un passeport valable jusqu'au 22 janvier 2025, qu'il est entré régulièrement en France et que l'un de ses frères réside en France. S'il est établi que le requérant est titulaire d'un passeport valable jusqu'au 22 janvier 2025 et qu'il est entré régulièrement en France, les énonciations de l'arrêté attaqué ne sont, toutefois, pas de nature à entacher celui-ci d'illégalité dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision contestée est susceptible de trouver son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles du 1°. Par ailleurs, la circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas le fait que l'un de ses frères réside en France n'est pas de nature à la regarder comme entachée d'une erreur de fait. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes, d'autre part, du premier alinéa de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

10. Si M. C soutient que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions des articles L. 611-3, 9° et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, cette décision ne lui refuse pas un titre de séjour et, d'autre part, en se bornant à faire état de douleurs abdominales associées à des troubles du transit et des vomissements et d'une ablation de la vésicule postérieurement à cet arrêté, il n'établit ni suivre un traitement dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 611-3, 9° et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

12. M. C soutient que l'arrêté litigieux méconnaît ces stipulations et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est arrivé en France le 18 novembre 2019, qu'il y réside avec son frère détenteur d'un certificat de résidence algérien, qu'il y travaille en contrat à durée indéterminée depuis le 15 juillet 2022, après avoir obtenu une formation en gestion de projets informatiques, qu'il parle le français et qu'il a fait l'objet d'un traitement médical à la suite d'une ablation de la vésicule, effectuée en octobre 2022. Toutefois, la circonstance que l'intéressé ait un frère en France n'est pas de nature à établir l'existence d'attaches familiales suffisamment intenses, anciennes et stables, alors qu'il est célibataire sans charge de famille et qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans en Algérie où il ne serait pas isolé en cas de retour puisqu'y résident ses parents et ses deux autres frères. Par ailleurs, M. C n'établit pas la réalité de son insertion au sein la société française en se bornant à faire état de son arrivée en France à la fin de l'année 2019 et de son emploi en contrat à durée indéterminée depuis le mois de juillet 2022, soit moins de quatre mois à la date de la décision attaquée, en qualité de coursier, alors qu'il avait obtenu un master en mathématiques et en informatique en 2019 à l'Université de Béjaïa. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

14. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier les articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise qu'aucune circonstance particulière de nature à remettre en cause la réalité du risque de fuite ne ressort des allégations de l'intéressé ni de l'examen de sa situation. Par suite, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé est et suffisamment motivé.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas examiné la situation particulière du requérant, qui a été mis à même, ainsi qu'il a été dit, de faire valoir ses observations, avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

16. En troisième lieu, si les faits de délits de fuite, de refus d'obtempérer et de recel de vol retenus par le préfet pour fonder le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. C ne sont pas de nature à caractériser, dans les circonstances de l'espèce, une menace à l'ordre public, en revanche l'arrêté attaqué mentionne qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dans la mesure où, d'une part, il n'a pas sollicité un titre de séjour, et ce même s'il peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français le 17 novembre 2019, et où, d'autre part, il ne présente pas des garanties de représentation suffisantes, ne justifiant pas d'une résidence effective et permanente en France, et ce bien qu'il présente des documents d'identité en cours de validité, soit notamment un passeport algérien valable jusqu'au 22 janvier 2025. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare, dans le cadre de la présente requête, une adresse administrative au 29, rue Traversière à Paris, qu'il utilise pour l'ensemble de ses démarches administratives, professionnelles et de santé, mais a indiqué à l'agent de police judiciaire l'ayant interrogé le 18 octobre 2022 résider au Perreux-sur-Marne, alors qu'il produit différents documents desquels il ressort qu'il résidait au mois d'octobre 2022 à Nogent-sur-Marne chez son frère. Dans ces conditions, M. C ne saurait être regardé comme présentant des garanties de représentation suffisantes. Il ressort en outre des pièces du dossier que, s'il ne s'était fondé que sur ce motif, le préfet de police aurait pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

18. Il ressort des pièces du dossier que pour fixer la durée de l'interdiction de retour, le préfet de police a tenu compte de ce que M. C avait été interpellé le 17 octobre 2022 pour délit de fuite, refus d'obtempérer et recel de vol, après avoir heurté une voiture de police avec son vélo. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, ces faits ne sont pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à caractériser la menace pour l'ordre public que présenterait l'intéressé. Dans ces conditions, en estimant que M. C représentait une menace pour l'ordre public telle qu'elle justifierait la durée maximale de trente-six mois d'interdiction de retourner sur le territoire français prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet de police s'est livré à une appréciation erronée des faits de l'espèce. Il y a par suite lieu d'annuler l'arrêté attaqué en tant qu'il interdit au requérant un retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. C au regard de la durée de cette interdiction de retour dans le délai d'un mois à compter du présent jugement.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois prise à son encontre et qu'il soit enjoint au préfet de police de réexamine sa situation à cet égard. Le surplus des conclusions de sa requête doit être rejeté, ensemble les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le requérant étant, pour l'essentiel, la partie perdante dans le présent litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police du 18 octobre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C au regard de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J. B

La greffière,

C. AGRICOLE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2221905/2-

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