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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221919

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221919

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221919
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022 et deux mémoires complémentaires enregistrés le 21 octobre et le 7 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Boudjellal, retenu au centre de rétention administrative de Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'une insuffisance d'examen de sa situation ;

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- le préfet ne peut procéder à une substitution de base légale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une violation combinée de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. C ;

- Les observations orales de Me Boudjellal, représentant M. A,

- les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant soudanais né le 27 avril 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Il résulte des pièces du dossier que M. A est, à la date de la décision attaquée, titulaire d'une autorisation provisoire de séjour en Allemagne aux fins d'examen d'une demande d'asile valable jusqu'au 15 novembre 2022. Il ne pouvait dès lors faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français même si, par une décision en date du 26 mai 2021 notifiée, le 17 juin 2021, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours aux fins d'obtention du statut de réfugié, décision qui date d'il y a plus d'un an alors que les conditions dans lesquelles sont situées les minorités religieuses, dont celle à laquelle appartient le requérant se sont depuis détériorées d'une part et que, d'autre part, il ressort du procès-verbal de l'audition de la situation administrative de l'intéressé du 19 octobre 2022 que M. A a manifesté sa décision de solliciter un réexamen de sa demande d'asile. A supposer que l'instance chargée de traiter la demande d'asile de l'intéressé en Allemagne aurait rejeté celle-ci également, le tribunal ne dispose d'aucune information à ce sujet alors que, comme déjà mentionné, l'intéressé est titulaire d'une autorisation provisoire de séjour (" Duldung ") en Allemagne. Dès lors et pour toutes ces raisons, c'est à tort que le préfet a prononcé une obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les arrêtés du préfet de police du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixé le pays de destination et édicté une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Le présent jugement qui n'annule que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'injonction.

Sur les frais d'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet de police du 19 octobre 2022 par lesquels le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixé le pays de destination et prononcé interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 7 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. CLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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