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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221973

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221973

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SYMCHOWICZ, WEISSBERG & ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 457980 du 14 octobre 2022, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux a renvoyé le jugement de la requête de l'association Réunissons Polangis au tribunal administratif de Paris.

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Melun les 2 octobre 2019 et 17 septembre 2020, l'association Réunissons Polangis, représentée par Me Le Bouëdec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2019 du ministre de l'intérieur ainsi que la " décision " du 2 août 2019 du préfet du Val-de-Marne rejetant sa demande de modification des limites territoriales entre les communes de Champigny-sur-Marne et Joinville-le-Pont ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de saisir le Conseil d'Etat pour lui proposer de procéder à la modification des limites communales dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande visant au rattachement de la partie du quartier de Polangis situé sur la commune de Champigny-sur-Marne à la commune de Joinville-le-Pont dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 500 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-3 et suivants du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet a outrepassé sa compétence en émettant, de son propre chef, un avis sur la modification territoriale ;

- le ministre a entaché sa décision d'illégalité en ne procédant pas à un examen des circonstances particulières de l'affaire ;

- le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu la règle de droit en ne démontrant pas que le refus de procéder au rattachement du quartier de Polangis à la ville de Joinville-le-Pont serait fondé sur des motifs légitimes et en considérant que ce rattachement imposerait une modification de la délimitation des cantons concernés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Melun le 21 novembre 2019 et au greffe du tribunal administratif de Paris le 6 janvier 2023, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe du tribunal administratif de Melun le 6 juillet 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La commune de Champigny-sur-Marne a présenté des observations enregistrées au greffe du tribunal administratif de Melun le 7 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2014-171 du 17 février 2014 portant délimitation des cantons dans le département du Val-de-Marne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard, premier conseiller,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Nègre, pour l'association Réunissons Polangis.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Réunissons Polangis, créée en 2011 dans le but, notamment, de " promouvoir toutes actions légales permettant la réunification du quartier de Polangis ", a saisi à deux reprises, les 9 avril 2013 et 29 mai 2014, le préfet du Val-de-Marne d'une demande de rattachement de la partie du quartier de Polangis situé sur le territoire de la commune de Champigny-sur-Marne à celui de Joinville-le-Pont, sur le fondement de la procédure prévue aux articles L. 2112-2 et suivants du code général des collectivités territoriales. Par un jugement n° 1410746 du 8 mai 2019, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n° 16PA02249 du 28 novembre 2017, le tribunal administratif de Melun a annulé le refus implicite du préfet du Val-de-Marne de prescrire l'enquête publique prévue par ces dispositions et d'instituer une commission ayant pour objet de délivrer un avis sur le projet, et lui a enjoint de procéder à ces diligences dans un délai de deux mois. Par un arrêté n° 2016/2342 du 18 juillet 2016, le préfet du Val-de-Marne a ordonné l'ouverture de l'enquête publique prévue par les dispositions de l'article L. 2112-2 du code général des collectivités territoriales, qui s'est déroulée du 7 au 28 novembre 2016. Par un arrêté n° 2018/943 du 20 mars 2018, le préfet du Val-de-Marne a ensuite institué la commission prévue par les dispositions de l'article L. 2112-3 du même code, qui a rendu son avis le 3 juillet 2018. Les conseils municipaux de Champigny-sur-Marne et Joinville-le-Pont ont par ailleurs donné leur avis sur le projet de modification de leurs limites territoriales respectivement les 26 septembre et 16 octobre 2018, en application des dispositions de l'article L. 2112-4 du même code. Enfin, le préfet du Val-de-Marne a saisi le ministre de l'intérieur afin que celui-ci statue sur la demande de l'association par décret en Conseil d'Etat, conformément aux dispositions de l'article L. 2112-5 du même code.

2. Par une décision du 30 juillet 2019, dont l'association requérante sollicite l'annulation, le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de modification des limites territoriales entre les communes de Champigny-sur-Marne et Joinville-le-Pont.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 2112-2 du code général des collectivités territoriales : " Les modifications aux limites territoriales des communes et le transfert de leurs chefs-lieux sont décidés après enquête publique, réalisée conformément au code des relations entre le public et l'administration, dans les communes intéressées sur le projet lui-même et sur ses conditions. / Le représentant de l'État dans le département prescrit cette enquête publique () lorsqu'il a été saisi d'une demande à cet effet () par le tiers des électeurs inscrits de la commune ou de la portion de territoire en question () ". Aux termes de l'article L. 2112-3 de ce code : " Si le projet concerne le détachement d'une section de commune ou d'une portion du territoire d'une commune, soit pour la rattacher à une autre commune, soit pour l'ériger en commune séparée, un arrêté du représentant de l'État dans le département institue, pour cette section ou cette portion de territoire, une commission qui donne son avis sur le projet () ". Aux termes son article L. 2112-4 : " Après accomplissement des formalités prévues aux articles L. 2112-2 et L. 2112-3, les conseils municipaux donnent obligatoirement leur avis. " Aux termes de son article L. 2112-5 : " Sous réserve des dispositions des articles L. 3112-1 et L. 3112-2 concernant les limites des départements, les décisions relatives à la modification des limites territoriales des communes et à la fixation ou au transfert de chefs-lieux résultant ou non de cette modification sont prononcées par arrêté du représentant de l'Etat dans le département. / Toutefois, un décret en Conseil d'Etat, sur la proposition du ministre de l'intérieur, est requis lorsque la modification territoriale projetée a pour effet de porter atteinte aux limites cantonales ".

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, le courrier du préfet du Val-de-Marne en date du 2 août 2019 se borne à communiquer à l'association Réunissons Polangis la décision du 30 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de modifier les limites territoriales entre les communes de Champigny-sur-Marne et Joinville-le-Pont, ce qui aurait eu pour effet de porter atteinte aux limites cantonales. Il ne comporte par lui-même aucun effet juridique, quand bien même le préfet a " proposé " au ministre la solution qui lui paraissait la plus opportune. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par le préfet du Val-de-Marne en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2112-5 du code général des collectivités territoriales est par suite inopérant et doit être écarté.

5. En second lieu, la décision attaquée est fondée sur des motifs liés à l'absence de consensus local, aux difficultés que le rattachement entraînerait s'agissant des circonscriptions cantonales et à son opportunité pour répondre aux motivations des habitants du quartier. Par ailleurs, quand bien même tous les courriers et pétitions présentés par l'association ou les habitants du quartier ne lui auraient pas été communiqués, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du préfet du Val-de-Marne du 9 avril 2019, que le ministre avait préalablement pris connaissance du contexte historique et géographique de Polangis, des enjeux du rattachement, des problématiques concrètes rencontrées sur le terrain, des étapes de la procédure et des avis émis par les différents organismes et personnes consultés, notamment le commissaire-enquêteur et la commission consultative. Enfin, la seule circonstance que le préfet ait fait connaître au ministre son avis défavorable au projet n'est pas de nature à établir que le ministre se serait cru lié par cet avis ou que son appréciation s'en serait trouvée biaisée. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen complet des données relatives au rattachement envisagé.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. En premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'une majorité des habitants de la partie campinoise de Polangis ont exprimé leur volonté de voir leur quartier rattaché à la commune de Joinville-le-Pont, ainsi que cela ressort notamment de deux pétitions et de l'avis de la commission consultative prévue par l'article L. 2112-3 du code général des collectivités territoriales, d'autre part, que le commissaire-enquêteur et le conseil municipal de Joinville-le-Pont ont émis des avis favorable au projet, un consensus local ne s'est toutefois jamais formé puisque le conseil municipal de Champigny-sur-Marne et le conseil départemental du Val-de-Marne s'y sont tous deux opposés par des délibérations en date des 26 septembre et 17 décembre 2018, sans qu'ait d'incidence à cet égard les éventuelles considérations politiques dont leurs membres auraient pu tenir compte pour voter dans un sens ou dans un autre.

7. En deuxième lieu, la requérante soutient que le projet faciliterait considérablement l'accès aux services publics des habitants de la partie campinoise de Polangis. Toutefois, tout d'abord, il est constant qu'une grande partie des services publics du quotidien tels que la distribution d'eau potable, l'assainissement des eaux usées, la collecte et le traitement des déchets, les transports scolaires, l'entretien de la voirie ou l'éclairage public sont d'ores et déjà assurés à l'échelon intercommunal par l'Etablissement public territorial Paris-Est-Marne et Bois et par la Métropole du Grand Paris.

8. Ensuite, s'agissant de l'accès aux établissements scolaires, s'il est vrai que l'école maternelle et primaire et le collège où sont sectorisés les enfants des habitants de la partie campinoise de Polangis se trouvent respectivement à 1,4 et 2,7 kilomètres du quartier, ce qui les oblige, outre la distance, à traverser chaque jour la route départementale n° 4, il ressort des pièces du dossier que ces établissements restent tous situés à moins de vingt minutes à pied et dix minutes en voiture, que 80 % de ces enfants étaient en 2016 déjà inscrits à titre dérogatoire dans les écoles et collèges de Joinville-le-Pont, qu'un rattachement n'aurait en lui-même pas d'incidence sur la sectorisation au collège qui relève de la compétence du département et qu'enfin la coopération intercommunale serait à même de remédier aux principaux inconvénients, notamment administratifs, rencontrés par les habitants à ce sujet.

9. Par ailleurs, s'agissant de la distance de 2,5 kilomètres à laquelle était situé, à la date de la décision attaquée, le bureau de vote pour les habitants de la partie campinoise de Polangis, il résulte de l'article R. 40 du code électoral que le préfet est compétent pour arrêter la liste des lieux de vote, si bien qu'ainsi que le fait valoir le ministre, un arrêté modificatif suffirait, sans qu'il soit besoin de procéder au rattachement demandé, à résoudre ce problème.

10. En outre, s'agissant du sentiment d'insécurité et d'abandon allégué par une partie des habitants de la partie campinoise de Polangis en raison de la distance d'environ 7 kilomètres qui les sépare du commissariat de police de Champigny-sur-Marne, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maintien de l'ordre et de la sécurité serait particulièrement déficient dans ce quartier. A cet égard, la circonstance que la commune de Joinville-le-Pont, contrairement à sa voisine, se soit dotée d'un service de police municipale reste sans incidence sur la légalité du refus du ministre de procéder au rattachement demandé, qui ne saurait être justifié par la volonté de certains Campinois de Polangis de bénéficier de services publics qui ne sont pas davantage offerts aux autres habitants de Champigny-sur-Marne.

11. Enfin, si, compte tenu de sa géographie, la partie campinoise de Polangis se trouve en effet pleinement tournée vers Joinville-de-Pont, où ses habitants mènent la plus grande partie de leur vie quotidienne, cette circonstance propre à de nombreux quartiers en périphérie de villes situées dans des agglomérations marquées par une forte densité de population ne saurait en elle-même suffire à imposer une modification des limites territoriales d'une commune.

12. En troisième lieu, s'il est vrai que le rattachement demandé n'aurait pas mécaniquement pour effet d'accentuer l'écart démographique entre les cantons n° 3 et n° 5 du Val-de-Marne et de rendre ce faisant indispensable une modification de leurs délimitations, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre aurait pris une décision différente s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que l'association Réunissons Polangis n'est pas fondée à soutenir que le refus du ministre de l'intérieur, qui disposait en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales d'une large marge d'appréciation, est entaché d'erreur manifeste ou d'erreur de droit. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par l'association Réunissons Polangis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Réunissons Polangis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Réunissons Polangis, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée à la commune de Champigny-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

G. HALARD

La présidente,

J. EVGENASLa greffière

M-C. POCHOT,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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