mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2222140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, et par des pièces complémentaires enregistrées le 27 mars 2023, M. B A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à son bénéfice ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée elle est entachée d'un défaut d'examen dans la mesure où sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'un erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
Par des pièces enregistrées le 25 janvier 2023 et un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023, l'Office français de l'intégration et de l'immigration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
27 mars 2023, puis, par une ordonnance du 3 mai 2023 repoussée au 12 mai 2023.
Un mémoire en réplique présenté pour M. A a été enregistré le 9 mai 2023.
Un mémoire complémentaire présenté par l'OFII a été enregistré le 10 mai 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hermann Jager,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 4 janvier 1997, a présenté une demande d'asile le 3 octobre 2018 et a accepté l'offre de prise en charge le même jour. Il a été, ensuite, placé en procédure " Dublin " et le préfet de police a décidé son transfert aux autorités suédoises le 28 novembre 2018. L'intéressé, ne s'étant pas présenté aux rendez-vous fixés par les autorités chargées de l'asile les 15 et 22 janvier 2019, a été déclaré en fuite le 1er février 2019 par le préfet de police et l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retiré, en conséquence, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 15 février 2019. La date de son transfert a parallèlement été prorogée jusqu'au 18 avril 2020. La demande d'asile présentée ultérieurement par M. A a été classée en procédure accélérée le 8 juillet 2021 et a été rejetée par l'OFPRA le 25 février 2022. M. A a formé un recours devant la cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2022. L'intéressé a sollicité le 7 juillet 2022 le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 26 octobre 2022, l'Office lui a refusé expressément ce rétablissement. Le requérant demande l'annulation de la décision du 8 septembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à son bénéfice.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 23 novembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur le cadre du litige :
3. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision expresse de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été prise par l'Office, le 26 octobre 2022, sur la demande présentée, le 7 juillet 2022, par M. A. Cette décision, qui a retiré la précédente décision, s'est nécessairement substituée à la décision implicite qui était née du silence gardé sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant doivent ainsi être regardées comme dirigées contre la décision du
26 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". La décision expresse du 26 octobre 2022 comporte les motifs de faits et de droit qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article R. 522-1 dudit code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien le
4 octobre 2018, lorsqu'il a présenté sa première demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile et que cet entretien, mené selon les dispositions précitées, n'a pas mis en lumière une vulnérabilité particulière. Par la suite, le 26 juillet 2022, lors d'un nouvel examen sa situation, alors que son recours devant la cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile est toujours pendant, l'intéressé a bénéficié d'un avis " medzo " et le médecin coordonnateur n'a pas conclu à une urgence d'hébergement de l'intéressé eu égard à son état de santé, au titre de l'asile, étant précisé que M. A est pris en charge médicalement et bénéficie de soins, compte tenu de l'accident dont il a été victime au mois de mai 2022, alors qu'il exerçait, selon ses dires, une activité professionnelle, dans des conditions non précisées. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que sa situation, notamment médicale, n'a pas fait l'objet d'un examen particulier.
7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est abstenu à deux reprises, de se présenter aux autorités chargées de l'asile, alors qu'il se trouvait placé en procédure " Dublin ", et que, déclaré en fuite, il est néanmoins resté sur le territoire français entre mars 2019 et juillet 2021. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas pris en compte les éléments portés à sa connaissance par l'intéressé, les entretiens de vulnérabilité n'ayant pas mis en lumière une vulnérabilité particulière. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office aurait entaché la décision du 26 octobre 2022, laquelle s'est nécessairement substituée à la décision implicite initiale, comme indiqué ci-dessus, d'une erreur de fait, de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que l'Office aurait méconnu les dispositions de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction. Il en est de même pour les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et Me Atger.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 , à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Tiphaine Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La présidente rapporteure,
V. HERMANN JAGER
L'assesseure la plus ancienne,
N. BEUGELMANS-LAGANE La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026