mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2222222 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DE FROMENT |
Vu la procédure suivante :
Par un courrier, enregistré le 18 octobre 2021, Mme A B demande au tribunal administratif de Paris d'enjoindre à la ville de Paris d'exécuter le jugement n°1905692 rendu le 2 juin 2020 par cette juridiction.
Par une ordonnance du 20 octobre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures nécessaires à l'exécution de ce jugement.
Par des mémoires, enregistrés le 3 novembre 2022, le 9 janvier 2023 et le 26 janvier 2023, Mme B demande l'exécution complète du jugement n°1905692 rendu le 2 juin 2020, ainsi que le versement par la ville de Paris des frais irrépétibles et la condamnation de la ville de Paris au versement d'une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral subi.
Elle soutient que :
- le jugement en cause n'a pas été exécuté et sa situation doit être réexaminée ;
- son dossier de retraite est toujours en cours après sa demande du 4 février 2021 ;
- elle subit ainsi un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le jugement a été exécuté et que Mme B n'a pas transmis les documents nécessaires à l'établissement de son dossier de retraite.
Par ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 janvier 2023.
Mme B a produit un mémoire enregistré le 16 février 2023, après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le jugement du tribunal administratif de Paris n°1905692 rendu le 2 juin 2020 ;
- l'ordonnance de rectification d'erreur matérielle n°1905692 prise par le président du tribunal administratif de Paris en date du 5 janvier 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande l'exécution complète du jugement n°1905692 rendu le 2 juin 2020 par le tribunal administratif de Paris et la condamnation de la ville de Paris au versement d'une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. Si le jugement dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai et prononcer une astreinte ".
3. Par jugement n°1905672 du 2 juin 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 24 janvier 2019 par lequel la maire de Paris a placé Mme B en disponibilité d'office pour raisons de santé au motif que, l'intéressée n'étant pas déclarée inapte à tout emploi, la maire de Paris aurait dû préalablement l'inviter à présenter une demande de reclassement. Il a également enjoint à la maire de Paris d'inviter Mme B à présenter, si elle le souhaite, une demande de reclassement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Ainsi, en exécution de cette injonction, la maire de Paris devait inviter Mme B à présenter, si elle le souhaitait, une demande de reclassement, sous réserve d'une modification, en droit ou en fait, des circonstances prises en compte par la décision qui serait de nature à faire obstacle à cette mesure.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le comité médical a déclaré, le 22 février 2021, Mme B inapte à tout emploi et cela à compter du 16 octobre 2019. Ainsi ce fait nouveau constitue, une modification, en droit ou en fait, des circonstances de nature à faire obstacle à l'injonction d'inviter l'intéressée à présenter une demande de reclassement. Par ailleurs, il est constant que le 4 février 2021, postérieurement au jugement en cause, Mme B a présenté une demande de retraite pour le 1er juillet 2021 dont l'instruction est en cours. Ce fait constitue également une modification, en droit ou en fait, des circonstances de nature à faire obstacle à l'injonction d'inviter l'intéressée à présenter une demande de reclassement. Dès lors, les conclusions de Mme B tendant à ce que le tribunal enjoigne à la ville de Paris de procéder cette demande de reclassement ne peuvent qu'être rejetées.
5. Par ailleurs, si Mme B demande au Tribunal de condamner la ville de Paris à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts pour préjudice moral, ces conclusions qui présentent à juger un litige distinct de l'exécution sollicitée sont irrecevables dans le cadre de la présente instance et doivent être rejetées.
6. Enfin, Mme B demande à la suite du jugement précité du tribunal administratif de Paris et de l'ordonnance de rectification d'erreur matérielle n°1905692 prise par le président du tribunal administratif de Paris en date du 5 janvier 2023 mettant la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la charge de la ville de Paris d'enjoindre à la ville de Paris de lui verser cette somme.
7. Aux termes du I de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, reproduit à l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'État au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice () / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ".
8. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que la collectivité publique est condamnée à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.
9. Il appartient ainsi à la requérante, avant de demander au tribunal d'ordonner l'exécution de l'ordonnance du 5 janvier 2023 mettant la somme de 1 500 euros à la charge de la ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de saisir le comptable public compétent d'une demande de paiement sur présentation de la décision de justice permettant d'obtenir le mandatement d'office de cette somme. Ce n'est que si le comptable public compétent ne procède pas au règlement sur présentation de la décision de justice que le tribunal pourra être saisi d'une demande d'exécution contre ce comptable en application des dispositions précitées de l'article L. 911-4 du code de justice administrative.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
La présidente,
J. EVGENAS
L'assesseure la plus ancienne,
L. LAFORETLa greffière,
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2601124
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, donne acte du désistement du requérant concernant ses demandes d'annulation et d'injonction relatives à des titres de séjour. La juridiction rejette sa demande d'allocation d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratif. Le litige principal est ainsi éteint par le désistement.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2603340
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi d'une demande visant à assurer l'exécution d'une précédente injonction et à obtenir une astreinte pour son inexécution. Le juge a constaté que la préfète de l'Isère n'avait pas renouvelé le récépissé de séjour de la requérante, malgré l'injonction antérieure, et que cette dernière avait ainsi subi un préjudice (licenciement). En conséquence, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le tribunal a ordonné à la préfète de statuer expressément sur la demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
07/04/2026