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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222334

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222334

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCOLLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 octobre et 22 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Collas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à " l'effacement de l'inscription dans le système informatique Schengen " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu et une erreur manifeste d'appréciation a été commise ; sa sœur réside en France où il justifie de son intégration ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il est resté bloqué en France depuis mars 2020 en raison de la crise sanitaire due à l'épidémie de covid-19 ; les conséquences de la décision contestée sont d'une exceptionnelle gravité ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme A, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Collas, représentant M. B, qui développe la même argumentation que précédemment et qui soutient, en outre, qu'il existe une contradiction entre les motifs de l'arrêté contesté, qui indiquent l'existence d'une interdiction de retour sur le territoire français, et son dispositif qui ne fait pas mention d'une telle interdiction de retour.

Le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 2 janvier 1983, entré en France en mars 2020 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été

délivré ;() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire national ni d'un visa. Par suite, il entrait dans les cas où le préfet du Nord pouvait légalement prendre l'arrêté attaqué sur le fondement des dispositions des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, elle est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux. Par suite, les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis mars 2020 en raison de la crise sanitaire, que sa sœur y vit également et qu'il est intégré à la société française, il ressort des pièces du dossier que son séjour en France est récent et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 37 ans. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard aux buts en vue desquels cet acte a été pris, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être accueilli.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. En premier lieu, M. B n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondée et doit être écartée.

9. En deuxième lieu, pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est fondé sur les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs que l'intéressé ne justifiait, ni de garanties de représentation suffisantes, ni d'une résidence effective et permanente et n'avait présenté aucun document d'identité et de voyage en cours de validité. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

10. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B justifierait de circonstances particulières liées à sa situation administrative et personnelle, de sorte que le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, à supposer qu'un tel moyen ait été invoqué.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, M. B n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit être écartée.

12. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a entendu prendre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. B, fondée sur l'absence de justification, par ce dernier, d'une circonstance humanitaire propre à faire obstacle à une telle décision. Si ces motifs révèlent ainsi l'existence d'une interdiction de retour, aucun des articles du dispositif de cet arrêté ne mentionne une telle décision. Compte tenu de cette contradiction entre les motifs et le dispositif de l'arrêté et en l'absence de toute observation ou défense du préfet du Nord sur ce point, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision, à supposer qu'elle existe, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

15. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français à M. B, implique l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il est donc enjoint au préfet du Nord de faire procéder à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 précité et de rapporter la preuve de ses diligences au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté préfectoral du 25 octobre 2022 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de faire procéder à la suppression, par les services compétents, du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de l'annulation prononcée par l'article 1er du présent jugement et de rapporter la preuve à M. B de ses diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 novembre 2022.

La magistrate désignée,

C. ALa greffière,

C. DARTHOUT

La République mande et ordonne au préfet de la région des Hauts-de-France, préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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