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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222721

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222721

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantFAVAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 octobre et 7 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Favain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " visiteur " ou bien " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que son droit à être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 4 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre et 8 décembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Favain, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée par Me Favain pour M. B a été enregistrée le 13 décembre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ukrainien né le 11 janvier 1995, est entré en France le 30 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour " visiteur ". Le 28 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 426-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 août 2022, le préfet de police a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. D C, chef du 10ème bureau à la direction de la police générale, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet, en vertu d'un arrêté n° 2022-0999 du 19 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du 19 août 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ". Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas allégué, que M. B aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision attaquée, notamment lors du dépôt de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ".

8. Si le requérant fait valoir qu'il justifie de ressources suffisantes pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " visiteur ", il ressort des pièces du dossier que les documents bancaires dont il se prévaut sont au nom de son père et ne permettent pas d'établir la réalité des versements effectués par ce dernier en sa faveur. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude. / 2° Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire () ".

10. D'une part, il est constant que M. B est célibataire et il ne se prévaut d'aucune attache en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. D'autre part, si le requérant invoque une violation de l'article 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prohibant l'esclavage et le travail forcé, il n'allègue d'aucune circonstance relative à sa situation personnelle susceptible d'entraîner une telle violation.

12. En dernier lieu, si M. B fait valoir que compte tenu de la situation en Ukraine il justifie de circonstances exceptionnelles, la décision attaquée qui lui refuse le renouvellement de son titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner vers l'Ukraine. Pour les motifs exposés aux points 8 et 11 du jugement, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder le titre de séjour sollicité. Dans ces conditions le moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 août 2022, par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour mention " visiteur ". Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Favain et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.

La rapporteure,

S. E

Le président,

P. LaloyeLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2222721/6-

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