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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222846

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222846

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET GARCIA AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné, et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner au préfet de police de prendre toute mesure utile en vue de mettre fin au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu, du principe du contradictoire et de son droit à être assisté par un avocat ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est entachée d'illégalité dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'illégalité dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Agricole, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 25 mai 1993, a été interpellé le 30 octobre 2022 pour vol en réunion suivi de violences ayant entraîné une incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours aggravé par l'alcool et pour recel de vol. Par un arrêté du arrêté du 31 octobre 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné, l'a placé dans les locaux du centre de rétention à compter de la date et de l'heure de notification de la présente mesure et pendant le temps strictement nécessaire à son départ en France. Par un arrêté du même jour, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît le principe du contradictoire et les droits de la défense, il n'est pas établi qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre les décisions contestées. Il ressort au contraire des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 31 octobre 2022 et que dans ce cadre, il a été interrogé sur les conditions de son entrée et de son maintien en France et qu'il a ainsi eu la possibilité de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le principe général du droit d'être entendu et le principe du contradictoire auraient été méconnus.

3. En second lieu, il ressort du procès-verbal d'audition par la police judiciaire en date du 31 octobre 2022 que M. B s'est vu notifier ses droits, parmi lesquels figure le droit de demander un avocat, et qu'il y a expressément renoncé. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis en mesure de recourir à l'assistance d'un avocat préalablement à l'adoption des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

5. L'arrêté en litige vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté mentionne les circonstances de fait et de droit relatives à la situation de M. B, notamment le fait qu'il est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Le préfet relève également que M. B déclare vivre en concubinage avec deux enfants à charge sans en apporter la preuve. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). "

8. M. B soutient que l'arrêté litigieux méconnaît ces stipulations et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est arrivé en France en 2010, a cherché à s'intégrer, témoignant notamment d'une réelle insertion professionnelle, et qu'il est père de trois enfants. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'exactitude matérielle de ces allégations. Il n'établit ainsi pas l'intensité, l'ancienneté et la stabilité d'une vie privée et familiale en France alors qu'au demeurant il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Au demeurant, il a été interpellé le 30 octobre 2022 pour des faits de vol en réunion suivi de violences ayant entraîné une incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours aggravé par l'alcool et pour recel de vol et constitue, par conséquent, une menace à l'ordre public. En outre, il ressort du rapport issu du fichier automatisé des empreintes digitales produit en défense que le requérant a été interpellé à seize reprises entre 2014 et 2022, et ce, dans la majorité des cas, pour des faits de vols. Il s'est également soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français du 19 juin 2020. Ainsi, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision d'éloignement contestée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

10. M. B soutient être père, alternativement, d'un, deux voire trois enfants. Toutefois, il n'apporte aucune précision ou pièce au soutien de ses allégations. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. Si M. B soutient que décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité dès lors que le risque de fuite n'est pas établi, le préfet était, toutefois, fondé à lui refuser l'octroi un délai de départ volontaire dès lors que son comportement a été signalé par les services de police le 30 octobre 2022 pour des faits de vol en réunion suivi de violences et pour recel de vol et qu'il constitue, à ce titre, une menace pour l'ordre public, et d'autre part, qu'il ne justifiait ni d'une entrée régulière, ni d'une demande d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 19 juin 2020 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, le moyen tiré de ce que le risque de fuite n'est pas établi ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

14. Le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations susmentionnées et est entachée d'une erreur manifeste. Toutefois, il n'apporte pas d'éléments de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement et actuellement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée trente-six mois :

15. En premier lieu, M. B soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois est entachée d'un défaut de motivation. Toutefois, après avoir cité l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté du 31 octobre 2022 indique que l'intéressé déclare être entré en France en 2010, qu'il ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France dès lors qu'il se déclare en concubinage, avec deux enfants à charge, sans en apporter la preuve et qu'il représente une menace pour l'ordre public pour des faits de vol en réunion suivi de violences et de recel de vol. Ainsi, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

18. Si M. B soutient que la décision litigieuse est entachée d'illégalité dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 30 octobre 2022 pour des faits de vol en réunion suivi de violences ayant entraîné une incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours aggravé par l'alcool et pour recel de vol et constitue une menace pour l'ordre public. En outre, il ressort du rapport issu du fichier automatisé des empreintes digitales produit en défense que le requérant a été interpellé à seize reprises entre 2014 et 2022, et ce, dans la majorité des cas, pour des faits de vols. Par suite, le préfet était bien fondé à le regarder comme constituant une menace pour l'ordre public et à prendre la décision litigieuse à son encontre.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné, et de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J. ALa greffière,

A. AGRICOLELa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2222846/2-2

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