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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2222858

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2222858

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2222858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. D A, représenté par le cabinet Consolin Zanarini demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire du Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices subis lors de sa prise en charge à l'hôpital et de déterminer les responsabilités encourues ;

2°) de dire que l'expert pourra désigner tout sapiteur de son choix et déposera un pré rapport.

Il soutient que :

- dans la perspective d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.

Par un mémoire, enregistré le 17 novembre 2022, le Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO) représenté par Me Boileau fait part de ses protestations et réserves, expose qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire, et de mettre les frais d'expertise à la charge du requérant.

Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales représenté par le cabinet d'avocats Birot Ravaut et associés conclut à titre principal à sa mise hors de cause, et à titre subsidiaire fait part de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction".

2. M. A s'est présenté le 19 novembre 2021 aux urgences du Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts suite à la présence d'un voile devant l'œil gauche depuis quelques jours. Un examen a mis en évidence un aspect de neuropathie optique gauche en voie de constitution sans signe inflammatoire et un traitement par Kardegic a été prescrit à M. A. Le 29 novembre 2021, il s'est réveillé avec une cécité totale de l'œil gauche et un examen pratique dans le même centre hospitalier a révélé un décollement de la rétine et une grande déchirure de la rétine en supero. Malgré une intervention réalisée en urgence, le requérant n'a constaté aucune amélioration de sa vision qui s'est stabilisée à 2/10. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge, M. A sollicite une expertise.

3. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

6. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales demande sa mise hors de cause. Il fait valoir que le requérant présentait une neuropathie optique et que le décollement et déchirement de rétine qui ont suivi ne sont la conséquence d'aucun geste chirurgical et que le requérant ne remplit pas les conditions pour prétendre à l'indemnisation par le fond de solidarité national. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime d'un décollement de rétine sans lien avec une opération. Il y a lieu dès lors de mettre l'ONIAM hors de cause.

7. Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. () ". Ces dispositions font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties.

ORDONNE :

Article 1er: M. C B (ophtalmologie), exerçant 9 rue Philippe de Dangeau à Versailles (78000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de M. A, le Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO) et la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris, de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. A et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO) et les motifs de son admission le 19 novembre 2021 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) décrire l'état de santé général de M. A ainsi que les soins et prescriptions oculaires antérieurs à son admission au CHNO, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, et la conformité de la prise en charge de l'intéressé (investigations, traitements) aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ; dire si le diagnostic posé après l'IRM le 19 novembre 2021 de neuropathie optique gauche a été suffisamment évalué et si d'autres investigations auraient dû être prescrites ; en cas de réponse positive, énumérer les examens complémentaires qui devaient être mis en place et quantifier la perte de chance de M. A d'éviter un décollement et déchirure de rétine ;

4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de M. A ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. A une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par l'intéressé de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par M. A notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

a) dire si l'état de M. A est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de M. A en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. A en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. A à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 10 août 2023. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 6 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) est mis hors de cause.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, au Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. C B, expert.

Fait à Paris, le 8 février 2023

Le juge des référés,

J-C. Duchon-Doris

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région Ile de France, préfet de Paris, chacun en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2222858/11-6

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