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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223104

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223104

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223104
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE SA PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, Mme C D A représentée par Me De Sa-Pallix demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'enjoindre au préfet de police de la convoquer aux fins de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article

37 de la loi du 10 juillet 1991 au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à son seul bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dès lors que, si elle n'a pas travaillé pendant les vacances scolaires de la Toussaint, elle a repris ses gardes d'enfants sans pouvoir justifier de la régularité de sa situation depuis le 24 octobre 2022 et ses deux employeurs peuvent dénoncer à tout moment ses contrats de travail, ce qui fera qu'elle ne sera plus en mesure de subvenir à ses besoins ni de se soigner alors qu'elle est en attente d'une greffe de la peau ;

- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale, à sa liberté d'aller et venir et son droit d'accès au marché du travail en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet de police n'ayant apporté aucune motivation sur son absence de convocation.

Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a convoqué Mme A le 14 novembre 2022 à 14h30 dans les locaux de la préfecture de police afin que lui soit remise une nouvelle autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps du réexamen de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B comme juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Mme A représentée par Me De Sa-Pallix ;

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A née le 28 septembre 1959 de nationalité sénégalaise est entrée en France le

24 novembre 2013. Elle a été titulaire de titres de séjour mention " vie privée et familiale " pour la période du 8 janvier 2020 au 13 octobre 2021, dont elle a sollicité le renouvellement le 4 octobre 2021. Par un arrêté du 17 février 2022 le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cet arrêté été annulé par le tribunal administratif de Paris le 21 juin 2022, lequel a enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de Mme A. Faisant valoir qu'elle garde des enfants auprès de deux employeurs différents, et qu'elle est venue en France où sa famille est installée afin de se reconstruire après avoir subi des violences conjugales auprès de son époux auquel elle avait été mariée de force, ce qui l'oblige à suivre un lourd traitement psychologique, outre le fait qu'elle est en attente d'une greffe de la peau, elle demande au juge des référés d'enjoindre au préfet de police de la convoquer pour renouveler son autorisation provisoire de séjour, qui a expiré le 24 octobre 2022, assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme A il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de police a convoqué Mme A

le 14 novembre 2022 à 14h30 dans les locaux de la préfecture de police afin qu'il lui soit remis une nouvelle autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps du réexamen de sa situation. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte de la requête de Mme A ont perdu leur objet et qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au bénéfice de Me De Sa-Pallix. En revanche, si Mme A n'était pas admise définitivement à l'aide juridictionnelle, il y aurait lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au bénéfice de celle-ci, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A aux fins d'injonction et d'astreinte.

Article 3 : Dans le cas où Mme A serait admise définitivement à l'aide juridictionnelle, les conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au bénéfice de Me De Sa-Pallix, avocat de Mme A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées. En revanche, dans le cas où Mme A n'y serait pas admise, il y a lieu de verser à celle-ci la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D A, Me De Sa-Pallix et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle et au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 10 novembre 2022.

Le juge des référés,

H. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /9

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