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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223222

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223222

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, M. B D et Mme A C, représentés par Me Jaslet, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a prononcé leur sortie du centre d'hébergement Huda SOS Pyrénées ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de Paris de prendre les mesures nécessaires afin, d'une part, de rétablir et de régulariser le versement de leur allocation pour demandeur d'asile et, d'autre part, de les maintenir dans leur hébergement ou de leur en proposer un autre pour demandeur d'asile, dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission de l'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de leur situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par l'OFII a été enregistré le 17 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et Mme A C, ressortissants algériens nés les 9 octobre 1993 et 7 avril 1990, se sont vus notifier une décision du 12 septembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé leur sortie du centre d'hébergement Huda SOS Pyrénées. Par la présente requête, M. D et Mme C demandent au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 531-32 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Enfin, aux termes de l'article L 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 30 juin 2022, notifiée le 26 juillet suivant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté comme irrecevable la demande d'asile présentée par M. D et Mme C au motif qu'ils avaient obtenu la protection subsidiaire en Grèce. Il ressort de cette décision de l'OFPRA, qu'invité à expliquer dans quelle mesure la protection par la Grèce ne serait plus effective, M. D a indiqué qu'il éprouvait des difficultés à trouver un travail et un logement et à bénéficier d'un suivi médical en Grèce. Les requérants ne produisent toutefois aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations tendant à établir que l'accès aux soins ne leur auraient pas été possible en Grèce ou que la protection des autorités grecques n'aurait pas été effective.

5. En outre, les requérants produisent à l'appui de leur requête un avis du médecin de l'OFII, en date du 6 juillet 2022 indiquant que M. D souffre d'une pathologie chronique nécessitant un hébergement stable et des bilans médicaux semestriels et annuels ciblés ainsi qu'un certificat médical, en date du 9 novembre 2022 émanant d'un médecin de la direction de la santé publique de la ville de Paris, certifiant que l'enfant du couple, Moussa D, né le 11 février 2020 : " a besoin de soins (orthophonie et CMP) dans le cadre d'un trouble du développement manifeste avec un trouble des interactions et du langage dans un contexte d'importante vulnérabilité familiale. ". Ils se prévalent également d'un recours effectué auprès de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 20 septembre 2022, mais se bornent à indiquer que leurs cartes de résident en Grèce au titre de la protection subsidiaire auraient toutes deux expirées le 9 août 2022 et que la réglementation grecque prévoirait depuis l'année 2020 que les bénéficiaires d'une telle protection n'ayant pas demandé le renouvellement de leur carte de résident dans les 30 jours précédant leur date d'expiration étaient réputés y avoir renoncé. Toutefois, ils ne justifient ni même l'allèguent avoir été empêchés de demander ce renouvellement. Dans ces conditions, ils doivent être regardés comme n'apportant pas d'élément nouveau permettant d'établir l'ineffectivité de la protection subsidiaire en Grèce par rapport à la décision de l'OFPRA rejetant leur demande d'asile comme irrecevable alors que les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas de caractère suspensif de ce recours.

6. Enfin, dès lors que M. D et Mme C n'établissent pas, d'une part, qu'ils ne pourraient plus bénéficier des droits accordés aux réfugiés politiques en Grèce et, d'autre part, en quoi leur situation nécessiterait le maintien en hébergement d'urgence en France, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision, prise en conformité avec les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-14 du même code.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'OFII n'est tenu de réaliser un entretien de vulnérabilité qu'à l'enregistrement d'une première demande d'asile. Il n'est pas contesté que cet entretien a eu lieu alors que les requérants se sont vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'ils produisent l'avis du médecin de l'office établi à l'occasion de cette procédure. Par suite, ils ne sont pas non plus fondés à soutenir que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 12 septembre 2022. Par suite, leur requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle à titre provisoire est accordée à M. D et à Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Asmaa C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Thulard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

B. ELe président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2223222/6-1

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