jeudi 3 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2223312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DOREAN AVOCATS (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2022, les 23 janvier, 16 juillet, 30 août, 5 et 10 septembre 2024 et le 7 mars 2025, M. AM A, représenté par Me Trennec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du ministre de l'intérieur en date du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 ;
2°) d'annuler l'ensemble des arrêtés individuels de nomination au grade de major de police au titre de l'année 2022, en particulier les nominations de M. C AK, Mme Y H, M. K G, M. V O, M. E T, M. AB N, M. X I, Mme L AG, M. AO AD, M. AE AJ, M. AF D, Mme AH AN, M. B Q, M. F Z, Mme AL S, Mme P M, M. U W, Mme L AG, M. V O et M. AC R ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'arrêter un nouveau tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 et de l'y inscrire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté portant tableau d'avancement n'a pas été pris après un examen approfondi de la valeur respective des candidats ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de plusieurs agents promus ;
- les arrêtés individuels de nomination contestés sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité du tableau d'avancement et méconnaissent le principe de non-rétroactivité des actes administratifs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, Mme AG conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, qu'elle ne comporte que des moyens insuffisamment précis et que M. A ne produit pas les décisions contestées ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 août 2024 et le 8 avril 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 625 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté individuel de nomination de Mme S sont tardives ;
- le moyen tiré de la rétroactivité illégale des arrêtes individuels de nomination est irrecevable dès lors qu'il a été soulevé dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai du recours contentieux et se rattache à une cause juridique distincte des moyens précédemment soulevés ;
- les autres moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, M. D conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, qu'elle ne comporte que des moyens insuffisamment précis, que M. A ne démontre pas avoir un intérêt pour agir et qu'il ne produit pas les décisions contestées ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 16 avril et 16 juillet 2024, Mme AA, représentée par Me Trennec, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. A.
Elle se réfère aux moyens exposés dans la requête de M. A.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des arrêtés individuels portant avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 Mmes S et M et de MM. W, O et R d dès lors que ces conclusions ont été présentées au-delà du délai raisonnable d'un un an à compter de la date à laquelle il est établi, par la production desdits arrêtés, que M. A en a eu connaissance, en application de la décision n° 387763 M. J rendue par l'Assemblée du contentieux du conseil d'Etat le 13 juillet 2016.
Par des mémoires enregistrés les 16 et 17 avril 2025, M. A, représenté par Me Trennec, a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le décret n° 2021-1249 du 29 septembre 2021 ;
- l'arrêté du 1er août 2022 fixant les taux de promotion dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale du ministère de l'intérieur pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamarche, première conseillère,
- les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique,
- les observations de Me Trennec pour M. A ;
- et les observations de Me Cailleux, pour le ministre de l'intérieur.
Une note en délibéré, enregistrée le 7 juin 2025, a été présentée pour le ministre de l'intérieur.
Considérant ce qui suit :
1. M. AM A, brigadier-chef de police depuis le 1er septembre 2007 qui exerce ses fonctions au sein de la circonscription de sécurité publique (CSP) de Montgeron Val d'Yerres-Val de Seine (91), a sollicité son inscription sur le tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022. Par un arrêté du 30 septembre 2022 le ministre de l'intérieur a établi ce tableau d'avancement et n'a pas inscrit M. A. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que l'ensemble des arrêtés individuels de nomination pris sur son fondement.
Sur l'intervention de Mme AA :
2. Mme AA justifie, eu égard à la nature et à l'objet du litige, d'un intérêt suffisant pour intervenir dans la présente instance au soutien des conclusions de la requérante. Son intervention est, par suite, recevable.
Sur le cadre juridique du litige :
3. Aux termes de l'article L. 522-18 du code général de la fonction publique : " L'avancement de grade a lieu, sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, selon les proportions définies par les statuts particuliers des corps ou cadres d'emplois, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des fonctionnaires. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues au chapitre III du titre Ier du livre IV. / Il est tenu compte de la situation respective des femmes et des hommes dans les corps et grades concernés, dans le cadre des lignes directrices de gestion prévues au chapitre III du titre Ier du livre IV. / Le tableau annuel d'avancement précise la part respective des femmes et des hommes dans le vivier des agents promouvables et celle parmi les fonctionnaires inscrits à ce tableau qui sont susceptibles d'être promus en exécution de celui-ci ; () " Aux termes de l'article L. 522-19 du même code : " Les décrets portant statut particulier des corps de la fonction publique de l'Etat fixent les principes et les modalités de nomination au grade d'avancement, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour participer à la sélection professionnelle. ".
4. L'article 12 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat prévoit que : " Le tableau d'avancement prévu à l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée est préparé, chaque année, par l'administration en tenant compte notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ou des notations pour les agents soumis au régime de la notation ;/ 2° Des propositions motivées formulées par les chefs de service, notamment au regard des acquis de l'expérience professionnelle des agents au cours de leur carrière ; () ". L'article 13 du même décret précise : " Les fonctionnaires sont inscrits au tableau par ordre de mérite. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade. " Par ailleurs, l'article 17 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale, dans sa version applicable au litige dispose : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté. "
5. Enfin, d'une part, les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. D'autre part, le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur, ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade. Il lui appartient de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
6. En premier lieu, tout fonctionnaire qui a vocation à avancer et qui n'a pas bénéficier d'un avancement peut se pourvoir dans le délai du recours contentieux contre un tableau d'avancement ou contre les nominations prononcées sur le fondement de ce tableau et est ainsi recevable à poursuivre l'annulation des nominations ou promotions faites à son grade ou aux grades supérieurs de son corps. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de M. A doit être écartée.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
8. En l'espèce, la requête de M. A contient l'exposé de faits et de moyens et l'énoncé de conclusions. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a joint à sa requête, enregistrée le 9 novembre 2022, la copie de l'arrêté n°6567 du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 et a produit, le 30 mars 2023, l'ensemble des arrêtés individuels de nomination pris sur le fondement de ce tableau, dont il sollicite l'annulation. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions qui viennent d'être citées doit être écartée.
11. En dernier lieu, M. A a, dès le 9 novembre 2022, sollicité l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 et de l'ensemble des décisions individuelles de nomination prises sur son fondement. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 :
Sur la légalité de l'arrêté en litige :
12. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'élaboration du tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 n'aurait pas donné lieu à un examen approfondi du dossier de M. A et des dossiers des autres candidats. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, M. A soutient que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de plusieurs agents promus, notamment à ceux de M. C AK, Mme Y H, M. K G, M. V O, M. E T, M. AB N, M. X I, Mme L AG, M. AO AD, M. AE AJ, M. AF D, Mme AH AN, M. B Q, M. F Z, Mme AL S, Mme P M, M. U W, Mme L AG, M. V O et M. AC R.
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A, promu brigadier-chef le 1er septembre 2007, exerce ses fonctions au sein de la brigade de nuit de la circonscription de sécurité publique (CSP) de Montgeron Val d'Yerres-Val de Seine (91), au titre desquelles il encadre quatorze agents. Il n'a pas été noté en 2019 et a obtenu la note de 6 en 2020 et 2021. Ses comptes-rendus d'entretiens professionnels soulignent son sérieux, son professionnalisme, sa " solide " expérience ainsi que son autorité naturelle sur la voie publique. Sa hiérarchie directe indique, en outre, qu'il est un excellent rédacteur, respecté de ses collègues et estime qu'il " n'aura aucune difficulté à être major de police ". Le chef de secteur l'invite néanmoins à mieux prendre compte l'activité de lutte contre la délinquance routière. Il est considéré apte, à terme, à exercer des fonctions supérieures.
Quant à M. N :
15. Il ressort des pièces du dossier que M. AB N n'a pas été promu au grade de major de police au titre de l'année 2022. Par suite, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à comparer ses mérites professionnels aux siens.
Quant à l'inscription de MM. AK, G, T, I, AD, AJ, Q et de Mmes H, AN et S :
16. Il ressort des pièces du dossier que MM. AK, G, T, I, AD, AJ, Q et Mmes H, AN et S, auxquels M. A se compare, justifient tous d'appréciations littérales positives voire élogieuses de la part de leur hiérarchie et, pour certains d'entre eux, d'une ancienneté dans le grade de brigadier-chef supérieure à celle du requérant. En outre, il ne ressort d'aucune de ces pièces, compte tenu des compétences, aptitudes et mérites de ces candidats promus, évalués, entre autres, au regard de la diversité de leurs expériences professionnelles, de la nature des missions exercées, des difficultés inhérentes aux postes occupés et de leur niveau de responsabilités ainsi que, le cas échéant, de l'aptitude des intéressés à diriger une équipe, que le ministre de l'intérieur aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que les mérites de ces agents étaient supérieurs à ceux de M. A.
Quant à l'inscription de MM. R et O et de Mme AG :
17. Si M. A conteste l'avancement de MM. R et O et de Mme AG, il n'apporte toutefois aucune précision à l'appui de ses allégations et ne verse aucun élément permettant de les étayer. La circonstance que MM. O et R et Mme AG n'aient pas bénéficié de notation au titre des années de référence en litige en raison de la décharge d'activité dont ils bénéficiaient pour l'exercice d'un mandat syndical ne permettant pas, à elle seule, de caractériser une erreur manifeste d'appréciation.
Quant à l'inscription de M. D :
18. Aux termes de l'article L. 212-6 du code général de la fonction publique : " Par dérogation à l'article L. 521-1, l'agent public occupant un emploi à temps complet qui bénéficie d'une décharge d'activité de services à titre syndical ou est mis à la disposition d'une organisation syndicale et qui consacre une quotité de temps de travail au moins égale à 70 % et inférieure à 100 % d'un service à temps plein à une activité syndicale a droit à un entretien annuel avec l'autorité hiérarchique dont il relève, sans être soumis à une appréciation de sa valeur professionnelle. () "
19. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier que M. D remplissait les conditions pour être dispensé de notation au titre des années de référence en litige. En l'absence de toute argumentation spécifique développée par le requérant, la seule circonstance que l'intéressé ne puisse justifier de notes chiffrées en raison de la décharge d'activité dont il bénéficiait pour l'exercice d'un mandat syndical ne suffit pas, en tout état de cause, à caractériser une erreur manifeste d'appréciation.
Quant à l'inscription de Mme M :
20. Il ressort des pièces du dossier que Mme M, brigadier-chef depuis le 1er juillet 2017 qui exerce les fonctions de chef de la brigade de traitement judiciaire en temps réel (BTJTR) du service d'accueil et d'investigation de proximité (SAIP) de Montreuil (93) depuis le mois de septembre 2019, a obtenu les notes de 5 en 2019 et 2020 et 6 en 2021. En 2019, son compte-rendu d'entretien professionnel fait état " d'une contestation de sa hiérarchie suivie d'une dénonciation de cette dernière puis d'un long arrêt maladie " ayant " fortement terni son bilan ". En 2020, sa hiérarchie relève sobrement ses qualités en matière judiciaire et sa capacité à conseiller et orienter les effectifs de son groupe. Si en 2021, Mme M est qualifiée de " chef de groupe fiable " et d'officier de police judiciaire compétent et expérimenté et que le chef du SAIP souligne la difficulté du poste occupé par l'intéressée au regard du volume du contentieux traité et du manque d'effectifs, il estime toutefois que cette dernière " devra pour l'année à venir assouplir ses méthodes de management et progresser dans ce domaine ". En 2020 comme en 2021, son aptitude à exercer des fonctions plus importantes est considérée " sans objet ".
Quant à l'inscription de M. W :
21. Il ressort des pièces du dossier que M. W a obtenu la note de 6 en 2019 puis les notes de 5 en 2020 et 2021. En 2020, son compte-rendu d'entretien professionnel pointe les mauvais résultats de la section dans laquelle l'intéressé a assuré les fonctions de second puis de chef, justifiant " un rappel absolument nécessaire des objectifs " ainsi qu'une baisse de sa notation. Sa hiérarchie indique que " la confiance envers ce gradé () est toute relative " et que " des efforts continus et réguliers " sont attendus l'année suivante. En 2021, sa hiérarchie souligne que " des recadrages et des propositions pour des perfectionnements " lui ont été proposés à plusieurs reprises et qu'il doit persévérer dans le domaine du contrôle de l'activité de ses effectifs. Il est considéré inapte à exercer des fonctions plus importantes.
Quant à l'inscription de M. Z :
22. Il ressort des pièces du dossier que M. Z, brigadier-chef depuis le 1er décembre 2004, qui exerce les fonctions de chef du groupe de lutte contre les atteintes aux biens et de responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI) au sein de la DDSP de la Guadeloupe, a obtenu les notes de 6 en 2019, 5 en 2020 et 4 en 2021. En 2020, son compte-rendu d'entretien professionnel indique qu'il " doit remplir avec plus de conviction et de présence son rôle de chef de groupe ", " doit apporter un soutien à ses collègues dans le traitement des dossiers " et " assurer un contrôle des dossiers attribués à son groupe. " En 2021, sa hiérarchie relève qu'il a eu du mal à cumuler les fonctions de RSSI et de chef de groupe et souligne sa " très mauvaise gestion du portefeuille d'attribution des dossiers en attribuant des dossiers urgents à des effectifs absents. " Elle considère qu'il " ne démontre aucune implication dans le travail et par son attitude, ne peut garantir les valeurs et règles fondamentales de l'éthique professionnelle. " avant d'ajouter que l'intéressé " n'a pas la confiance de sa hiérarchie et n'est pas apte à des fonctions plus importantes ".
23. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 20 à 22 que M. A est fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs mérites respectifs en préférant les candidatures de Mme M et de MM. W et Z à la sienne.
24. En dernier lieu, à supposer que Mme AA, intervenante volontaire, ait entendu soulever un moyen d'erreur manifeste d'appréciation en se prévalant de sa notation, elle ne compare ses mérites à aucun autre agent inscrit, de sorte que ce moyen n'est en tout état de cause pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
S'agissant de la portée de l'annulation :
25. Si le caractère indivisible et fermé du tableau d'avancement fait obstacle à ce qu'un requérant en demande l'annulation en tant qu'il n'est pas inscrit, il ne fait en revanche pas obstacle à ce qu'il en demande l'annulation en tant qu'un autre agent est inscrit, ni à ce que le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'une demande d'annulation totale d'un tel tableau, en prononce l'annulation partielle lorsque le seul moyen qu'il accueille se rapporte à l'inscription illégale d'un agent.
26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 en tant qu'il comporte les noms de Mme M et de MM. W et Z.
En ce qui concerne les arrêtés individuels de nomination :
27. En premier lieu, si les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir, toutefois, s'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires ou des militaires, l'administration peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation. Par suite, en nommant au 1er janvier 2022 les agents ayant obtenu leur avancement au titre de l'année 2022, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché ces arrêtés d'illégalité.
28. En second lieu, M. A est fondé à soutenir que les arrêtés individuels de nomination dont il demande l'annulation sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022. Toutefois, dès lors que cet arrêté est seulement annulé en tant qu'il comporte les noms de Mme M et de MM. W et Z le requérant n'est pas fondé à soutenir que les actes de nomination des autres fonctionnaires promus seraient illégaux par voie de conséquence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
29. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la nomination du requérant au grade de major de police, dès lors que celui-ci ne peut se prévaloir d'un droit à être nommé à un grade supérieur ou d'être inscrit sur un tableau d'avancement. En revanche, le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le ministre de l'intérieur réexamine la candidature de M. A au titre de l'année 2022 dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
31. Les dispositions du même article font, en revanche, obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les défendeurs soient mises à la charge de M. A qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de Mme AA est admise.
Article 2 : L'arrêté du ministre de l'intérieur en date du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 est annulé en tant qu'il comporte les noms de Mme P M et de MM. U W et F Z.
Article 3 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de réexaminer la candidature de M. A à l'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par les défendeurs au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. AM A, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à Mme AI AA et à M. C AK, Mme Y H, M. AP O, M. K G, M. E T, M. AB N, M. X I, M. AO AD, Mme L AG, M. AE AJ, M. AF D, Mme AH AN, M. B Q, Mme P M, M. U W et M. F Z.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2025 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
Mme Lamarche, première conseillère,
M. Maréchal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.
La rapporteure,
M. LamarcheLe président,
S. Davesne
La greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026