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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223436

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223436

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET MAYET ET PERRAULT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. A C, représenté par

Me Mayet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le recteur de l'Académie de Paris a prolongé sa suspension à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 10 novembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure contradictoire préalable n'a pas été respectée ;

- la procédure suivie est irrégulière, dès lors que le recteur a été destinataire d'un avis de procédure pénale sans qu'il en ait été préalablement informé ;

- les arrêtés des 9 mars 2020, 10 avril 2020, 23 juin 2020, 16 octobre 2020 et 25 février 2021 font l'objet d'un appel devant la cour administrative d'appel de Paris dont l'annulation entraînerait un défaut de base légale de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, professeur agrégé de mathématiques affecté au lycée Claude Bernard à Paris, a fait l'objet d'une première suspension à titre conservatoire par un arrêté du recteur de l'académie de Paris en date du 28 juin 2018, suite à l'information transmise par le procureur de la République de la mise en examen de M. C pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, ces faits ayant donné lieu à l'exercice de poursuites pénales. Sa suspension a été prolongée pour des durées de quatre mois par des arrêtés des 10 avril 2020, 23 juin 2020,

16 octobre 2020, 25 février 2021, 16 juin 2021, 20 octobre 2021, 1er février 2022 et 7 juin 2022. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le recteur de l'académie de Paris a de nouveau prolongé la suspension de M. C pour une durée de quatre mois à compter du 10 novembre 2022.

Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique :

" Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. /

Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". Aux termes de l'article L. 531-2 du code général de la fonction publique :

" Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. / Le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites pénales est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai sauf si les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service y font obstacle. ".

3. En premier lieu, une décision de suspension constitue une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et n'est pas une sanction disciplinaire. Dès lors, elle n'exige pas que le fonctionnaire soit mis à même de présenter au préalable sa défense, ni de consulter son dossier.

Il en est de même pour la décision prolongeant la mesure de suspension. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C fait valoir que l'avis de procédure pénale a été adressé directement au recteur de l'académie de Paris sans l'avertir au préalable de cet envoi. Toutefois, un tel moyen, qui ne se rapporte pas à la légalité de l'arrêté de suspension attaqué mais à la procédure pénale, est inopérant. Au demeurant, la mise en examen pour " association de malfaiteurs terroriste criminelle " dont faisait l'objet M. C constituait des poursuites pénales au sens des dispositions précitées des articles L. 531-1 et L. 531-2 du code général de la fonction publique. Les faits reprochés, à savoir " [la participation] à l'élaboration d'un projet d'action violente visant des personnes de confession musulmane radicalisées, au sein d'un groupuscule d'extrême droite " présentaient, à la date de la décision attaquée, un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier une telle mesure dans l'intérêt du service à l'égard de l'intéressé, compte-tenu en particulier de la nature de ses fonctions.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R.811-14 du code de justice administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre. "

6. En l'espèce, la circonstance que la cour administrative d'appel de Paris ne s'est pas prononcée sur le recours en appel formé par M. C contre les précédents arrêtés de prolongation de sa suspension est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une potentielle exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée,

y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La rapporteure,

G. B

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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