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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223544

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223544

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223544
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, Mme C, représentée par Me Nombret, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 15 septembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 5 mai 2022 lui ayant refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil et l'allocation de demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce qu'elle n'a aucune ressource et se trouve dans une situation de précarité extrême et d'isolement ; elle souffre de problèmes de santé importants dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration avait connaissance ; elle est hébergée chez une connaissance en région parisienne où elle fait l'objet d'un suivi pour de lourds problèmes de santé ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

. elle est entachée d'un défaut de motivation notamment au regard de la situation de vulnérabilité ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ; il n'a pas été tenu compte de son état de santé dégradé ; aucun certificat Medzo ne lui a été remis ;

. une erreur de droit a été commise au regard des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle souffre d'un diabète traité par le metformine et d'une affection gynécologique en cours de traitement ; elle souhaitait demeurer en région parisienne chez son amie ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû tenir compte de cette situation et non pas lui refuser les conditions matérielles d'accueil ;

. une erreur manifeste d'appréciation a été commise au regard de la gravité de son état de santé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Mme C, ressortissante camerounaise née le 21 janvier 1982, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 15 septembre 2022 par laquelle par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 5 mai 2022 lui ayant refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Cette décision est fondée sur le refus opposé par la requérante à l'orientation en région qui lui avait été faite par l'office et sur l'absence d'envoi de son dossier au service médical en vue de l'évaluation de la vulnérabilité médicale dont elle faisait pourtant état.

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de cette décision, Mme C soutient qu'elle n'a aucune ressource et se trouve dans une situation de précarité extrême et d'isolement, qu'elle souffre de diabète et d'une affection gynécologique faisant l'objet d'un suivi médical et d'un traitement impliquant de demeurer en région parisienne chez une amie, sans assortir ces allégations d'aucune pièce utile. En outre, il est constant qu'elle a refusé de signer son orientation vers un centre d'accueil en région et se borne à soutenir qu'elle préférerait demeurer en région parisienne, sans justifier de l'impossibilité de suivre son traitement médical hors de la région parisienne. Dans ces conditions et en l'état du dossier, Mme C ne démontre pas que la décision litigieuse préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts. En conséquence, la situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées sur le fondement des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D C et à Me Nombret.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris, le 24 novembre 2022.

La juge des référés,

C. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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