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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223596

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223596

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET SPHERANCE (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 9 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. F, enregistrée le 5 novembre 2022 au greffe de ce tribunal.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 novembre 2022 et 3 janvier 2023, M. D B, représenté par Me Visscher, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné, et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

M. B soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'obligation de quitter le territoire sur le fondement de laquelle la décision a été prise est illégale ;

- la décision méconnaît les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire sur le fondement de laquelle la décision a été prise est illégale ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- l'obligation de quitter le territoire sans délai sur le fondement de laquelle la décision a été prise est illégale ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Visscher, avocat commis d'office, représentant M. B, assisté d'un interprète en bengali.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant bangladais, né le 1er janvier 1998, est entré en France en octobre 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 4 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné, et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2022-0291 du 7 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 9 février 2022, M. A C, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, a reçu délégation à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles fixant pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait, en ne mentionnant pas qu'il avait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois le requérant n'en justifie pas par les pièces qu'il produit et n'a pas été davantage en mesure de produire une autorisation de travail approuvée par la DRIEETS qui accréditerait son éligibilité à un titre de séjour de plein droit. Au demeurant, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de la police judiciaire, que M. B a déclaré ne pas avoir sollicité son admission au séjour. Si le requérant se prévaut de difficultés de compréhension, il ressort du procès-verbal qu'il était assisté d'un interprète et qu'il a répondu de manière cohérente à l'ensemble des questions posées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

5. M. B fait valoir que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne justifie pas que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été régulièrement notifiée, ce qui lui conférerait le droit de se maintenir sur le territoire français. Toutefois, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent le maintien du demandeur d'asile sur le territoire français non pas jusqu'à la date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile mais seulement jusqu'à celle de sa lecture en audience publique, dès lors que la Cour n'a pas statué par ordonnance. Or, il ressort des pièces du dossier et du relevé TelemOfpra produit par le préfet, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 janvier 2020, qu'il en a été notifié le 12 février 2020, et que la décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2021. Dès lors, M. B ne disposait plus d'un droit au maintien sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. La présence en France de M. B, entré en octobre 2019 selon ses propres déclarations, ne peut être regardée comme ancienne. En outre, le contrat à durée indéterminée à temps partiel qu'il produit, signé le 1er juillet 2021, n'atteste pas une intégration professionnelle significative. Enfin, il ne fait valoir aucun lien personnel ou familial en France, alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition par la police judiciaire qu'il déclare avoir de la famille au Bangladesh. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposé au point 7, le requérant ne peut davantage soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En l'espèce, l'intéressé soutient qu'il est faussement accusé de meurtre au Bengladesh et que, pour cette raison, sa sécurité y est compromise. Toutefois, sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet, comme dit au point 5, et il ne fait état d'aucun élément nouveau de nature à étayer ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit donc être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. La décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la circonstance que le requérant, entré irrégulièrement en France et dont la demande d'asile avait été définitivement rejetée, résidait en France sans droit au séjour et ne présentait pas les garanties de représentation suffisantes. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

15. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre du refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

16. Comme il a été dit au point 3, M. B ne démontre pas avoir sollicité son admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait, pour cette raison, méconnu les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

18. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

19. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

20. M. B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est disproportionnée. Toutefois, cette décision, qui assortit un refus de délai de départ volontaire, a été prise en raison de ce que le requérant présente un risque au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code précité. Dès lors que le requérant ne démontre pas que le préfet aurait fait une inexacte application du 8° de l'article L. 612-3 du code précité, qu'il ne peut justifier d'une ancienneté et de liens privés et familiaux significatifs en France, comme il a été dit au point 7, ni d'aucune circonstance humanitaire particulière, il ne peut soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an serait disproportionnée ou méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Visscher.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

M. E

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2223596/6-

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