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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223627

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223627

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, Mme A B, représentée par la SELAS Dadi - Avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, a retiré le titre de séjour qu'elle détenait, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de retrait de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas obtenu son titre de séjour par fraude ;

- elle viole les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle viole les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et de du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et de du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

- le refus de renouvellement du certificat de résidence trouve également son fondement dans les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien dont elle ne remplit pas les conditions d'obtention.

Par une ordonnance du 21 décembre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 27 décembre 2022 à 12h00 a été reportée au 10 janvier 2023 à 12h00.

Un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023 à 15h48 a été présenté pour Mme B, par la SELAS Dadi - Avocat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de la SELAS Dadi - Avocat, avocate de Mme B.

Une note en délibéré, enregistrée le 17 janvier 2023, a été présentée pour Mme B par la SELAS Dadi - Avocat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 23 février 1983 et entrée en France le 27 juillet 2013 munie de son passeport revêtu d'un visa " Schengen ", s'est vu délivrer, en qualité de salariée, un certificat de résidence d'un an valable à compter du 7 mai 2021 et dont elle a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 3 novembre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, a retiré le titre de séjour qu'elle détenait, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité des décisions de retrait et de refus de renouvellement du certificat de résidence algérien :

2. Aux termes des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ".

3. Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de retirer à un ressortissant algérien le certificat de résidence d'un an qu'il détient ou de refuser de lui renouveler lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

4. En l'espèce, le préfet de police, pour retenir que le comportement de Mme B était constitutif d'une menace à l'ordre public et lui retirer le certificat de résidence qu'elle détenait et refuser de le lui renouveler pour ce motif, s'est fondé sur la circonstance qu'elle avait présenté, le 28 septembre 2020, une fausse carte d'identité belge aux services de l'assurance maladie pour obtenir indûment des droits et avait ainsi commis une fraude. Si la requérante ne conteste pas la réalité des faits qui lui sont reprochés, et si ces derniers sont particulièrement répréhensibles, ils ne sauraient toutefois, compte tenu de leur caractère isolé et de leur nature, et en dépit de leur caractère relativement récent, faire regarder la présence en France de Mme B, à la date de l'arrêté attaqué, comme une menace pour l'ordre public. Dès lors, le préfet de police a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en retenant ce motif.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions du 3 novembre 2022 par lesquelles le préfet de police lui a retiré son certificat de résidence et a refusé de le lui renouveler, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances, qu'un certificat de résidence soit délivré à Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de la requérante, d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police en date du 3 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer un certificat de résidence d'un an à Mme B, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Matalon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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