mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2223718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le tribunal administratif de Paris
(1re Section - 1re Chambre)
Par une requête initiale et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 16 novembre 2022, les 16 et 31 décembre 2022, M. A , représenté par Me Philouze, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la
délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de son éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui communiquer l'entier dossier médical de sa
fille à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord francoalgérien ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;- est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins ;
- méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du
droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord francoalgérien ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de
quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de
l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de
quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- viole son droit d'être entendu et méconnait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,- le code des relations entre le public et l'administration, - le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Bertaux, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 19 août 1969 à Sidi M'Hamed, entré en France le 9 janvier 2019 sous couvert d'un visa C délivré à Alger le 19 septembre 2018, a sollicité le
20 janvier 2022 son admission au séjour en tant que parent de l'enfant malade, Mme B A, née le 10 juin 2008 à Tizi-Ouzou, de nationalité algérienne. Par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent (). / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". L'article L. 425-10 du même code dispose que: " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
3. Pour refuser d'accorder à M. A une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur un avis de l'OFII du 22 juin 2022. Cet avis, qui s'est prononcé sur la situation de sa fille B, indique que, si l'état de l'enfant nécessite une prise en charge médicale et que le défaut de celle-ci peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cependant eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'enfant de M. A, qui souffre de troubles de la trisomie 21, d'une thyroïdite d'Hashimoto et d'une épaule rétractile évolutive et dont l'incapacité égale ou supérieure à 80 % a été reconnue par une décision du 20 novembre 2018 de la maison départemental des personnes handicapées (MDPH) de Paris, et reconnue à nouveau par une décision du 23 décembre 2022, présente un potentiel important d'amélioration et évoluerait positivement en cas de maintien de sa prise en charge ininterrompue et pluridisciplinaire dans l'Institut Médicalo-Pédagogique (IMP) Binet Simon dans laquelle elle est inscrite et scolarisée depuis le 18 mars 2019, soit près de quatre année à la date de la décision attaquée. En particulier, de très nombreux certificats attestent du suivi lourd et régulier de l'enfant B, en particulier un médecin orthopédiste de l'hôpital Necker fait valoir dans une certificat du 26 novembre 2021 qu'elle " nécessite des soins quotidiens sur le territoire ", un neurologue pédiatrique soutient par un certificat du 12 novembre 2021 qu'elle " nécessite une prise en charge diagnostique et thérapeutique multidisciplinaire à l'hôpital Necker enfants malades ", et un endocrinologue pédiatrique qui mentionne dans un certificat du 9 novembre 2021 qu'" il est indispensable que le papa Monsieur A soit auprès de son enfant B pour sa prise en charge qui nécessite des soins quotidiens sur le territoire ", un médecin psychiatre fait valoir dans un certificat du 14 novembre 2022 qu'elle " nécessite une prise en charge spécialisée dans un institut médico-pédagogique " et que " toute perturbation dans le suivi aurait des conséquences néfastes sur l'état de santé de la patiente ", enfin par un certificat médical du 23 novembre 2021, la psychiatre de l'IMP Binet Simon certifie que " l'état de santé de l'enfant B A () nécessite la poursuite de sa prise en charge globale (éducative, rééducative et thérapeutique) dans cet établissement spécialisé ". Dans les circonstances particulières de l'espèce, et sans qu'il soit besoin de communiquer à M. A l'entier dossier médical de son enfant B, le requérant est donc fondé à soutenir que la décision du préfet de police est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du 17 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 17 octobre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente de cette délivrance une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Merino, première conseillère, M. Baudat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 février 2023.
Le rapporteur,La présidente,
J-B. CS. VIDAL
La greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-12/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026