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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223721

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223721

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, M. D, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 octobre 2022, par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris lui a refusé les conditions matérielles d'accueil, ou toute décision de rejet de son recours administratif qui s'y substitue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis l'introduction de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me de Seze en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il n'a aucune ressource et ne peut plus se loger ; qu'il ne s'est pas placé lui-même dans la situation d'urgence invoqué puisqu'il a respecté ses obligations de demandeur d'asile et n'a pas refusé d'orientation régionale ou d'hébergement ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie dès lors que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne précise pas si le refus des conditions matérielles d'accueil qui lui est opposé est partiel ou total, ne vise pas les dispositions législatives relatives à l'examen de sa vulnérabilité et ne fait aucune mention de cette évaluation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnait l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète dans la langue qu'il comprend, le pachto, lorsque l'OFII l'a interrogé sur sa situation personnelle, l'a informé des conditions d'octroi et de refus des conditions matérielles d'accueil et lui a proposé un hébergement et a ainsi été privé d'une garantie ;

- elle méconnait l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en considération et qu'il n'a pas été informé et mis en mesure de faire valoir son état de santé ;

- elle méconnait l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré que l'évaluation de sa vulnérabilité a été menée par des agents ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015, fixant le contenu du questionnaire d'évaluation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile, qui ne permet pas d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile en méconnaissance de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne s'est pas vu proposer une orientation vers un hébergement dans une langue qu'il comprend, qu'il n'a pas été informé des motifs permettant une exemption d'orientation en raison de son suivi médical, qu'il n'est pas opposé à une orientation en région, qu'il n'avait pas connaissance des conséquences d'un refus d'orientation et que, sans interprète, son refus éclairé n'a pas pu être recueilli ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en se fondant sur la circonstance inexacte qu'il aurait refusé une proposition d'orientation en région.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête. Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le recours administratif préalable du 27 octobre 2022, reçu le 2 novembre suivant par l'OFII, par lequel M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022 tenue en présence de Mme Cardon, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me de Seze pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 14 février 1996, a déposé une demande d'asile en France le 6 octobre 2022. Par une décision du 11 octobre 2022, le directeur territorial de l'OFII Paris a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé a refusé l'orientation en région proposée et a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () /L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le requérant n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, à Me de Seze et au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris, le 23 novembre 2022.

La juge des référés,

F. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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